DE MOINS EN MOINS D'OISEAUX DANS LE CIEL BÉARNAIS

La République des Pyrénées – Publié le 15 novembre 2014de-moins-en-moins-d-oiseaux-dans-le-ciel-bearnais

L’Europe a perdu le quart de ses oiseaux communs depuis 1980. Une hémorragie qui se constate aussi dans notre région.

Moineau, bouvreuil, étourneau, alouette, tourterelle… tous ces oiseaux familiers ont vu leurs effectifs baisser du quart aux trois quarts en 40 ans. La revue « Ecology Letters » a publié en début de mois le fruit d’une étude conduite dans 25 pays européens. Elle a sidéré les ornithologues. Depuis 1980, l’Europe a perdu 420 millions d’oiseaux, soit le quart de la population. Si les espèces protégées se portent bien, les oiseaux communs trinquent.

En Béarn comme ailleurs, les observations démontrent une évolution des populations liée au changement climatique, aux destructions d’habitats, pratiques agricoles intensives, à l’urbanisation, etc. Philippe Fontanilles, agent du Parc national des Pyrénées, observe les oiseaux communs depuis sept ans, en montagne. « Les pratiques agricoles toxiques éliminent la nourriture de ces oiseaux » explique-t-il.

La montagne, lieu refuge

Le Parc est souvent territoire de refuge. Ainsi le traquet motteux résiste bien en montagne quand il disparaît du littoral. Le pipit sponcielle est en diminution sauf sur le Parc. Cet oiseau vit en montagne l’été et descend vers les plaines l’hiver. Le tarier des prés, lié aux prairies de fauche, est en phase d’extinction rapide, sauf dans les hautes vallées où les pratiques de fauche restent traditionnelles. La linotte mélodieuse est également en chute libre. Évidemment, elle se nourrit de graines de mauvaises herbes, éradiquées en plaine.

En milieu plus fermé, le bouvreuil pivoine est en fort déclin. « Il abonde dans nos forêts de montagne mais a disparu des plaines avec les bocages, comme le chardonneret« . Le grave à bec rouge qui se nourrit de vers et d’insectes dans les estives souffre des antibiotiques donnés aux troupeaux. « C’est la diversité des paysages qui fait la diversité des espèces. Il faut être vigilant, ne pas uniformiser » conclut-il.

De moins en moins d’insectes

Andreas Guyot observe les oiseaux depuis 30 ans. Sa première observation concerne les insectes : « Avant, quand je rentrais le soir, mon pare-brise était constellé d’insectes. Ce n’est plus le cas » constate-t-il. « Ce sont surtout les hirondelles que j’observe à Artix. Je vois aussi de moins en moins de bouvreuils ». Mais c’est la différence qualitative qui l’interpelle : « Des migrateurs ne viennent plus chez nous quand d’autres, comme l’hirondelle de cheminée ou le héron garde-boeuf, restent ici l’hiver » note-t-il en l’expliquant par les modifications climatiques.

Lionel Daguerre, technicien à la fédération de chasse, suit tourterelles, alouettes, grives et tous les migrateurs depuis 20 ans. « Les migrations, sauf les palombes, se font surtout la nuit. En raison des hivers de moins en moins rigoureux, on constate que la caille, l’alouette, la grive descendent moins loin vers le sud. Il nous semble que les nicheurs sont en nombre stable mais ont tendance à moins migrer, voire se sédentariser. Mais le gros souci reste l’alimentation des oiseaux. La réforme de la PAC (1) va imposer un couvert hivernal qui va priver les oiseaux des graines au sol. S’il fait froid, ils mourront » redoute le technicien.

Les causes sont connues : moins d’insectes, éradiqués par les produits phytosanitaires et insecticides, donc moins d’oiseaux qui souffrent d’une interminable famine. Le bétonnage galopant, les monocultures intensives, la suppression des haies et des zones humides, la disparition des multiples habitats et les bouleversements climatiques expliquent la disparition de nos piafs. On a réussi à sauver des espèces emblématiques comme les grands rapaces. Saurons-nous le faire pour le moineau ou l’alouette ?

(1) Politique agricole commune.

 

=>> La Ligue de protection des oiseaux en première ligne pour le recensement

Avec un réseau d’environ 2 000 membres, la LPO Aquitaine est en première ligne pour recenser les oiseaux.

« On s’attache à regarder les espèces les plus rares qui se portent plutôt bien grâce aux efforts faits (tétras, vautour, gypaète…). Dans le même temps, on n’a pas vu que les espèces plus adaptables ont leurs limites aussi » constate Laurent Couzi, directeur de la Ligue de protection des oiseaux Aquitaine. « Ici, on a dix ans de recul. On fait les mêmes constats : en zone agricole ça baisse, ça résiste mieux en forêt et en zone humide, où l’on a pris des mesures de protection. La réduction des zones de contact entre habitats différents a fortement appauvri la biodiversité tandis que les surfaces habitables diminuent » constate-t-il.

« Rien n’est irréversible » se console-t-il. « Haies et prairies peuvent revenir. Le Grenelle de l’environnement a posé les trames vertes et bleues pour assurer les continuités écologiques. En Aquitaine, un état des lieux et un schéma de cohérence écologique ont été faits. Les collectivités doivent en tenir compte dans leurs projets d’aménagements et d’urbanisme. Il faut lutter contre le bétonnage et remettre de la complexité dans le paysage, et les bestioles reviendront » espère-t-il. « L’oiseau est l’indicateur d’une complexité à retrouver » martèle-t-il en prenant l’exemple du pastoralisme, garant d’un paysage diversifié.

Le coeur de métier de la LPO, c’est une grosse action de connaissance via les sciences participatives et citoyennes appuyées sur le site Faune-Aquitaine.org. « Avec plus de 4 000 inscrits, nous avons collecté et vérifié 3 millions de données sur les vertébrés et plusieurs groupes d’insectes » développe Laurent Couzi.

Un atlas des oiseaux pour 2015

Au-delà de l’évolution des espèces, la LPO suit les migrations (rapaces, palombes, grues, cormorans, etc.) et prépare un atlas des oiseaux qui sortira en 2015. « Grâce à 1 000 personnes qui ont collecté, nous avons 400 000 données (une date, un lieu, une espèce, un effectif, un comportement composent une donnée) » se félicite le directeur de la LPO. À découvrir dans quelques mois, sachant que le dernier atlas du genre remonte à plus de 30 ans.

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