‘LES ANIMAUX SONT NETTEMENT SUPÉRIEURS AUX HUMAINS’

Le Figaro – Le 14 novembre 2014mathieu-ricard

La compassion doit-elle s’étendre à toute forme de vie ? «Oui», répondent avec force le philosophe Matthieu Ricard et la romancière Joy Sorman, car si le statut juridique des animaux a changé, la souffrance, que l’homme leur impose, demeure. Plaidoyer.

(…)Matthieu Ricard.–Parce que « les animaux sont mes amis… et je ne mange pas mes amis », répondait le Prix Nobel de littérature George Bernard Shaw. Notre incohérence éthique me frappe. Nous adorons nos chiens et nos chats, et la faune sauvage nous émerveille. Mais chaque année, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation. C’est d’autant plus inacceptable que les études scientifiques montrent les capacités intellectuelles et émotionnelles d’une grande partie de ces espèces.

(…) un appel pour cesser de considérer les animaux comme une sous-catégorie d’êtres vivants. De plus en plus de voix s’élèvent, non des « animalistes » forcenés, mais des intellectuels et des artistes dont la compassion se tourne vers les animaux.

(…) Joy Sorman« Toi, l’ours, tu es tout ce que nous avons abandonné » (…) L’animalité reflète ce fond d’indompté et de part sauvage que chacun porte en soi. (…) Quand l’humanité est en crise, l’animal revient comme une figure de sagesse. Les rôles s’inversent, comme si la sauvagerie était humaine et la raison, animale. (…)

M.R –La moquerie a toujours été présente dans les changements de culture. (…)

Notre système de civilisation a avancé sur beaucoup de points : abolition de l’esclavage, déclaration des droits de l’homme, de la femme, de l’enfant… Mais on bloque actuellement devant 1,6 million d’autres espèces vivantes. Pourquoi la personne humaine aurait-elle une valeur non négociable et l’animal une valeur nulle, sauf marchande ? L’étape suivante naturelle du progrès de notre civilisation sera le respect des animaux. C’est le défi moral du XXIe siècle. Et les signes encourageants se multiplient. Le nombre de végétariens augmente dans le monde, surtout chez les jeunes, on en compte un demi-milliard aujourd’hui.

M.R. –Les pouvoirs technologiques ont accru notre pouvoir d’agir sur le monde. Depuis les années 1950, nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène : cela signifie que notre impact va définir l’avenir de la planète. Mais notre responsabilité grandit au fur et à mesure de notre pouvoir. L’intelligence, cet outil que l’évolution nous a conféré, peut nous servir à construire comme à détruire. C’est une responsabilité immense, qui exige aujourd’hui d’élargir notre sentiment de considération aux animaux et aux générations futures.

Matthieu Ricard : Plaidoyer pour les animaux, éd. Allary.

 

 

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