UN VIGNERON BIO DEVANT LA JUSTICE POUR AVOIR REFUSE DE TRAITER SA VIGNE

La Figaro – Par Akhillé Aercke – Publié le 28/04/2015

La flavescence dorée est provoquée par un insecte, elle peut tuer les vignes et le raisin.

Installé en Bourgogne, Emmanuel Giboulot explique son choix par sa volonté de «respecter la terre». Un premier viticulteur avait déjà été jugé, en 2014, pour ne pas avoir utilisé d’insecticides.

Quelques mois après le cas d’Emmanuel Giboulot, vigneron bio qui avait refusé de traiter ses vignes contre la flavescence dorée, maladie qui provoque la mort des vignes et du raisin, un second vigneron est convoqué par la justice, pour le même motif. Thibault Liger-Belair devra se présenter le 19 mai prochain devant le tribunal de Villefranche-sur-Saône (Rhône), pour «refus d’effectuer les mesures de protection des végétaux».

Thibault Liger-Belair a en effet refusé d’appliquer un arrêté préfectoral de 2013, qui impose trois traitements contre la flavescence dorée en Saône-et-Loire. Problème, les terres cultivées par le viticulteur, qui produit l’AOC moulin-à-vent, se trouvent à cheval entre les départements de Saône-et Loire et du Rhône. Une route qui traverse les vignes marque cette séparation. Or le Rhône n’oblige à aucun traitement.

Même bio, un insecticide est ravageur

Le vigneron justifie ainsi son refus de traiter. Au Figaro, il fait valoir «que l’appellation moulin-à-vent ne prend pas en compte la séparation géographique. D’un côté, il y avait un arrêté préfectoral qui imposait trois traitements, de l’autre côté, rien du tout. Après prospection et observation, j’ai décidé de ne pas appliquer cet arrêté.»

«J’ai décidé de suivre cette voie, c’est ce que je dirais au tribunal. À savoir, si je suis coupable de ce délit, ma réponse est clairement oui», insiste-t-il. «Je considère que la meilleure façon de travailler c’est de prévenir, mais pas systématiquement avec des insecticides. Pourtant, cela ne veut pas dire que je ne traiterais pas mes vignes si je considère qu’il y a un réel danger.» Il évoque notamment le pyrèthre, un insecticide naturel, composé de plantes, qui ne contient aucun composant pétrochimique.

Son peu d’enthousiasme à l’égard des insecticides, il l’explique par le fait «qu’il n’y a aucune sélectivité dans les produits, même s’ils sont bio. Cela reste des insecticides, qui provoquent les mêmes dégâts collatéraux. À savoir la destruction de la faune, et notamment des prédateurs naturels d’insectes qui peuvent provoquer des dégâts sur les vignes».

«On ne verra jamais un logo bio sur mes bouteilles»

Thibault Liger-Belair rappelle que l’arrêté et le contrôle dont il a fait l’objet datent de 2013, que le traitement de la maladie a évolué depuis. «Je considère que beaucoup de progrès ont été faits, sur la prévention, la prospection. Aujourd’hui, cela nous amène vers une analyse plus fine, et doit permettre un traitement très localisé

Ce travail est notamment prôné par l’association «Stop flavescence dorée»’, présidée par Alec Seysses. Contacté par le Figaro, ce dernier admet que «le risque zéro n’existe pas, on ne peut pas éradiquer cette maladie. Mais notre travail, qui consiste à suivre son évolution, à travers des prospections régulières, peut permettre d’établir des cartes précises des zones touchées». Selon lui, l’un des risques majeurs est le relâchement de l’attention dans la surveillance. Alec Seysses précise que les services de l’État ne sont pas indifférents aux travaux de l’association.

Thibault Liger-Belair affirme s’inscrire dans une démarche cohérente: «En tant que vigneron je considère que je dois aussi prendre soin de la terre, la rendre en meilleur état que dans lequel je l’ai reçu. Je ne fais pas ça pour l’étiquette, on ne verra jamais un logo bio sur mes bouteilles de vin.»

Un vin biologique de plus en plus recherché, un Français sur trois dit en consommer, et les surfaces cultivées selon ce mode ont augmenté de 188% entre 2007 et 2012. Le premier viticulteur jugé pour ce type de refus, Emmanuel Giboulot, a été relaxé en appel en 2014, après avoir écopé en première instance d’une amende de 1000 euros, dont 500 avec sursis.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s