À LA FERME DU BEC HELLOUIN, PERMACULTURE RIME AVEC RENDEMENT

Le Figaro – le 14/04/2016

Cette exploitation pionnière en permaculture, qui diffuse désormais son savoir-faire via des formations, a développé une méthode permettant une productivité élevée.

Saviez-vous qu’un seul homme peut produire plus de 50.000 euros de produits agricoles par an sur seulement mille mètres carrés cultivés, et ce sans engrais ni pesticide ni tracteur? Tel est l’étonnant tour de force réalisé à la ferme biologique du Bec Hellouin – du nom de la rivière qui la traverse – basée sur les principes de la permaculture (expression dérivée de «permanent agriculture» en anglais).

L’aventure de Charles et Perrine Hervé-Gruyern, qui n’étaient a priori pas prédestinés à l’agriculture (un marin et une juriste internationale), a démarré voici une dizaine d’années, avec l’achat d’un terrain en Normandie en 2004 et la création d’un potager pour nourrir plus sainement leurs deux filles. Faute d’être spécialiste, cette fine équipe est alors ouverte à tout, ce qui est à la fois un handicap et une chance. Certes, ils ont fait des erreurs, mais ils n’ont pas hésité à tenter des expériences inédites.

Des méthodes modernes

S’inspirant des concepts de permaculture développés par les Australiens Bill Mollison et David Holmgrem, ils les ont enrichis avec le savoir-faire des maraîchers parisiens du 19ème siècle (qui produisaient suffisamment pour nourrir la capitale) et des connaissances scientifiques les plus récentes.

Le couple a développé une forme d’agriculture holistique, peu dépendante des ressources non renouvelables, très faiblement mécanisée (l’essentiel du travail se fait à la main) et prenant autant en compte la nature que les hommes. Par exemple: pour contrer des vents froids et humides, planter une forêt peut servir de brise-vent à l’habitat. «Les cultures maraîchères sont comprises comme faisant partie d’un tout. Elles sont en interaction étroite avec leur environnement», explique dans le hors-série de la revue Centraliens «Quels choix technologiques pour une société durable?» Sacha Guégan, qui a coordonné le travail de recherche consacré au sujet par l’Institut National de la Recherche Agronomique (Inra) et AgroParisTech de 2013 à 2015.

Verticalité pour optimiser les surfaces

Pour intensifier la productivité sur une petite surface, la culture sur buttes a été développée, ce qui permet d’accroître les surfaces de 20%. A la ferme du Bec Hellouin, on utilise aussi la verticalité: on produit à plusieurs hauteurs sur la même surface. Grâce aux arbres plantés à côté des légumes, les feuilles, en tombant, servent de nutriment à ces derniers. Plusieurs écosystèmes entrelacés, qui favorisent une biodiversité animale et végétale, ont été ainsi mis en place. De quoi favoriser une régulation naturelle. Par exemple: s’il existe des pucerons, les coccinelles les mangeront.

Depuis 2008 que le couple produit des légumes destinés à la vente en circuits courts, notamment dans deux Amap de la région, les résultats sont là. En dépit d’une très faible mécanisation, la production est abondante, démontrant ainsi qu’il est possible d’atteindre une rentabilité élevée même sur une petite surface. Pour mille mètres carrés cultivés, la valeur de la récolte s’est élevée la première année à 32 000 euros; la troisième année à 55 000 euros.

Depuis janvier 2013, plusieurs formations ont été mises sur pied à la ferme du Bec Hellouin pour diffuser ce savoir-faire aux amateurs et professionnels qui souhaitent s’inspirer de leurs pratiques. Avec succès.

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