COP21 : LE BUSINESS DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Le Figaro – le 27/11/2015

A la veille du début de la COP21 à paris, Charles Wyplosz estime que si la lutte contre le réchauffement est justifiée et mérite des sacrifices, il est hypocrite d’affirmer qu’elle permettra une nouvelle de croissance.

La COP21 sera un énorme succès. Chaque chef d’État se félicitera de son audace et de l’importance des accords. Il y aura un copieux catalogue d’objectifs ambitieux, une liste interminable d’actions promises et même des promesses de fonds impressionnantes. Le seul couac sera à cause de cette maudite planète, qui va continuer à se réchauffer, bien au-delà des deux degrés. Mais c’est avant tout une histoire de gros sous.La lutte contre le changement climatique n’est pas gratuite. Ce qui est en jeu, c’est aussi la croissance économique. Quoi? Ne nous promet-on pas des progrès technologiques extraordinaires? Bien sûr que l’une des clés du problème c’est la mise au point de nouvelles technologies pour produire plus d’énergie et pour en consommer moins. Mais ces innovations coûtent cher, pour les inventer et les mettre en œuvre. Si elles sont rentables, des armées d’inventeurs et d’entrepreneurs les découvriront et les produiront spontanément, et chaque utilisateur sera ravi des les acquérir. Oui mais, s’il faut les financer, c’est que la rentabilité n’est pas assurée. Certes, les innovateurs peuvent avoir la vue courte, ou ne pas trouver des investisseurs pour financer leurs efforts. C’est bien connu, les financiers ont la vue courte et les gouvernements sont seuls capables de penser au long terme. C’est peut-être vrai dans de rares occasions, mais la règle c’est que les gouvernements ont tendance à se laisser berner par des promesses ronflantes pour une bonne raison: ce n’est pas leur argent qu’ils investissent, mais celui de leurs contribuables. En France, nous en avons une longue expérience, depuis le Concorde jusqu’à Alstom, en passant par le plan calcul et Honeywell-Bull.

Dans l’écrasante majorité des cas, il faudra de l’argent public pour financer ces nouvelles technologies parce qu’elles ne se seront pas rentables en l’état. On pourra les rendre rentables en adoptant de nouvelles réglementations. Ces réglementations ont pour but soit de rendre l’énergie plus chère, soit de subventionner les technologies. Dans tous les cas, on aura consacré des ressources à produire des choses qui ne sont pas économiquement viables. Et ça, ça a un coût en termes de croissance. La lutte contre le réchauffement est mille fois justifiée, elle mérite des sacrifices, mais affirmer que ce sera une nouvelle de croissance est une supercherie.

En fait, tout ce beau monde le sait bien. Les pays en développement, par exemple, traînent les pieds depuis la première COP en affirmant que c’est leur tour de polluer pour croître, comme l’ont fait les pays avancés depuis le début de la révolution industrielle. La Chine a fini par changer d’avis, et encore, parce que ses villes industrielles vivent dans un petit nuage jaunâtre. L’Inde n’en est pas encore là, mais elle y viendra pour la même raison. Sous la pression des faits, on acceptera de sacrifier des revenus pour essayer d’éviter une trop grosse catastrophe.

De fait chaque pays cherche à déterminer combien ça lui coûtera de ne rien faire et combien ça lui coûtera de contenir le changement climatique. Un calcul froid et rationnel. Comme ça dépend de ce que font les autres, la tentation est d’en faire moins en comptant sur les autres pour faire plus. Évidemment, ça ne peut pas marcher. C’est pourquoi la COP est absolument nécessaire. Pour qu’elle remplisse son rôle, cependant, il faut être honnête et reconnaître que l’on parle de partager les coûts pour le bien commun, et non pas prétendre que l’on est sur le point de découvrir la pierre philosophale.

Si l’énergie plus chère et les subventions aux innovations représentent un frein à la croissance, ce n’est pas de l’argent perdu pour tout le monde. C’est une belle opportunité de faire de jolies fortunes. Vous avez sûrement remarqué toutes ces compagnies qui axent leur publicité sur leur ardeur verte, surtout celles qui ont fait leur beurre en polluant pendant des décennies. Elles connaissent le métier et n’ont qu’à se réorienter pour capter la manne qui tombera de la COP si de bonnes décisions sont prises. C’est d’ailleurs là la clé du succès de la lutte contre le changement climatique. Ces compagnies sont puissantes et influentes. Elles sauront convaincre leurs gouvernements si c’est leur intérêt. C’est peut-être cynique, mais tous ces braves gens qui militent contre le changement climatique auront atteint leur but quand cette lutte sera devenue un business profitable. Les consommateurs seront tondus pour alimenter les profits des entreprises dans ce nouveau secteur en pleine croissance. Mais ce sera pour la bonne cause.

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