LA FONDATION NICOLAS HULOT SOUS LE FEU DES CRITIQUES

Le Figaro – le 17/02/2011

Dans un rapport parlementaire, deux députés émettent des réserves sur la participation de grands groupes comme L’Oréal ou EDF au financement et à la gouvernance de la fondation. Un mélange des genres peu apprécié par les militants écologistes historiques.

Si sa décision de se présenter à l’élection présidentielle n’est pas encore prise, Nicolas Hulot s’y prépare ardemment. Il consulte beaucoup, travaille ses dossiers et peaufine déjà sa succession à la tête de sa Fondation. Car s’il saute le pas, l’écologiste a promis de prendre «toutes les précautions pour respecter l’indépendance» de la structure, qu’il a fondée en 1990. «La Fondation est et doit rester apolitique», écrit Hulot à ses adhérents. Question d’éthique, donc. Mais en quittant la présidence de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) – qui devrait être rebaptisée Fondation pour la Nature et l’Homme -, l’animateur pourrait aussi maximiser son capital électoral.

Car chez les militants écologistes, la FNH n’a pas forcément bonne presse. En cause, ses liens étroits avec de grandes entreprises loin d’être «écolo-compatibles». Le groupe chimiste Rhône-Poulenc en est un membre fondateur et des représentants d’EDF, de L’Oréal ou de TF1 siègent au conseil d’administration. Tous participent au financement de la FNH : en 2009, la structure de Nicolas Hulot a ainsi récolté plus de 3,4 millions d’euros de dons de la part de ses généreux mécènes, soit environ 67% de ses ressources. En échange, les représentants des entreprises peuvent participer à la gouvernance de la fondation : ils votent le budget et arrêtent le programme d’action.

«Liens troubles»

Un mélange des genres qui a suscité les réserves de deux députés auteurs d’un rapport parlementaire publié début février. Jean-Marie Sermier, député UMP du Jura et Geneviève Gaillard, élue socialiste des Deux-Sèvres, n’y vont pas par quatre chemins. Pour eux, les activités des groupes en rapport avec la FNH sont «problématiques» et les liens établis sont «troubles», alors même que «le Grenelle de l’environnement a procuré d’importantes responsabilités aux fondations écologistes et qu’elles doivent à ce titre être irréprochables». «EDF est une entreprise de pointe dans le secteur nucléaire. Quant à L’Oréal, elle est classée parmi les groupes de cosmétiques dont les produits font l’objet de test sur les animaux, au grand désarroi des opposants à la vivisection, notent les députés. Dès lors, comment interpréter, par exemple, la position très mesurée de Nicolas Hulot sur l’énergie nucléaire ? Quel poids donner à sa parole sur les activités principales de ses deux administrateurs ?».

«Tout est légal, mais on est un peu circonspects», assure Jean-Marie Sermier. Il met en avant le risque de «récupération de l’image de la Fondation au service d’intérêts privés» et conseille aux trois représentants de l’Etat présents au sein du conseil d’administration de la FNH d’être «plus perspicaces et plus fermes». Et d’annoncer qu’à l’issue de ce premier rapport parlementaire, la Commission du développement durable de l’Assemblée a décidé de poursuivre son travail de surveillance : de nouvelles auditions au sein de la Fondation auront bientôt lieu.

Nicolas Hulot, le DSK des écolos

Nicolas Hulot, lui, assume. Réaliste, l’écologiste va chercher l’argent «là où il est» et croit en la théorie du cheval de Troie : il veut «créer des passerelles plutôt que des fossés» en installant un dialogue avec les entreprises, y compris les plus polluantes. Régulièrement attaqué sur ce terrain, il rend coup pour coup. Il dément ainsi formellement avoir retouché la fin de son film Le syndrome du Titanic sous la pression de la SNCF, qui sponsorisait le projet. De son côté, la FNH précise, à titre d’exemple, que «la position de Nicolas Hulot dans le Pacte écologique sur le nucléaire – en particulier sur l’EPR – est très loin du copier-coller de celle d’EDF».

«Je n’ai jamais pensé que les hésitations de Nicolas Hulot sur le nucléaire étaient liées à ses liens avec EDF», concède de son côté Yannick Jadot, député européen EELV et directeur de campagne d’Eva Joly. «Mais pour une partie de l’électorat écolo, c’est pas forcément leur tasse de thé», ajoute celui qui aime comparer Nicolas Hulot à Dominique-Strauss Kahn. A l’instar du patron du FMI, qui devra quitter l’institution financière pour se lancer dans la course à l’Elysée, Nicolas Hulot sera forcé de couper les ponts – au moins provisoirement – avec sa fondation. Question d’indépendance, mais aussi, et surtout, de survie politique.

«Ca va devenir un vrai handicap pour lui dans le cadre d’une primaire des écologistes», confirme Daniel Boy, politologue du Cevipof. «Chez les adhérents des Verts, dont 70% sont employés du secteur public, les liens avec l’argent et le monde de l’entreprise sont souvent mal perçus. Ils veulent un contrôle étatique ferme des groupes industriels, et pas un dialogue». L’animateur de TF1 réussira-t-il sa mue ? «S’il parvient à s’adapter à ce nouvel environnement tout en piquant des voix au centre, il pourrait atteindre les 10% au premier tour», juge Daniel Boy. Bien loin des 1,57% obtenus par Dominique Voynet en 2007.

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