«LA PRIORITÉ EST DE PROTÉGER LES ENFANTS DE LA PUBLICITÉ»

Le Figaro – le 25/03/2017

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INTERVIEW – A l’occasion de la Journée antipub, le sénateur EELV André Gattolin, auteur de la loi sur la suppression de la publicité dans les programmes jeunesse, revient sur les enjeux du contrôle de la publicité en France.

LE FIGARO. – La France est-elle en avance ou en retard par rapport aux autres pays en matière de contrôle de la publicité?

ANDRE GATTOLIN* : Globalement la France était plutôt en retard. Mais depuis le vote de la loi pour l’interdiction de la publicité pour enfants sur le service public, elle a rejoint le milieu du peloton. Les pays les moins régulateurs sont les pays de l’Est et du sud (hormis l’Espagne qui a interdit la publicité dans les programmes jeunesse). Les pays nordiques sont en avance. L’Islande par exemple a interdit depuis 2011 toute publicité à destination des enfants.

Il y a eu une période de fort mouvement antipublictaire au milieu des années 2000, avec une véritable publiphobie, et des sondages qui donnaient des Français à plus de 50% opposés à la publicité. Ces dernières années, on observe un recul. Ainsi un amendement de la loi Macron a permis le retour des grands panneaux publicitaires aux alentours des grands stades. Dernièrement, on a pu proposer de revenir sur la suppression de la publicité après 20h sur le service public. Il y a un phénomène de dérégulation généralisée imposé par l’explosion de médias numériques, souvent gratuits, qui ont besoin de la publicité pour se financer.

» Qui sont les acteurs du mouvement antipub en France?

Vous avez témoigné au procès d’un «déboulonneuse» à Lille, jugée pour avoir tagué un panneau publicitaire. Approuvez-vous la «désobéissance civile» du mouvement antipub?

Je ne soutiens pas la nature de l’acte. Mais je comprends cette manifestation de désobéissance civile, face à l’inertie des pouvoirs publics. L’opinion n’est pas à convaincre: les gens sont en majorité contre l’invasion publicitaire! Mais en France, toute tentative de réguler la publicité se heurte à des obstacles majeurs, organisés par les lobbies. J’ai mis cinq ans à faire passer ma loi sur la suppression de la publicité à destination de la jeunesse sur le service public, contre l’avis du gouvernement! En 2008 Roselyne Bachelot avait échoué à faire interdire la publicité pour les produits gras et sucrés, mettant finalement en place une autorégulation inefficace.

Pourquoi faut-il lutter selon vous contre l’invasion publicitaire?

La lutte contre l’invasion publicitaire est une question sanitaire. Tous les rapports montrent un développement grandissant de l’obésité infantile et son lien direct avec la publicité. C’est aussi une question morale. La publicité vise moins à inciter le consommateur qu’à créer un système d’envie vis-à-vis de celui qui possède. On produit des comportements déviants en suscitant des frustrations à l’intérieur même des familles. La publicité véhicule des valeurs morales qui ne permettent pas la construction d’une société.

Enfin, c’est une question esthétique. Les espaces périurbains sont totalement dévastés par la publicité, et il faut souligner ici le travail remarquable de l’association Paysages de France, qui lutte contre l’affichage illégal.

Quelle est selon vous la priorité?

Je pense que la priorité est de protéger les enfants qui sont de véritables éponges, et ont une mémorisation des marques trois fois supérieure aux adultes. Les annonceurs visent un public de plus en plus jeune, pour les drainer vers les marques, selon un effet «Madeleine de Proust». Il faut créer des espaces alternatifs, des sanctuaires, et à terme supprimer la publicité sur le service public. Ensuite, je crois que l’enjeu majeur des prochaines années concerne la protection des données, avec désormais des publicités de plus en plus intrusives notamment sur les réseaux sociaux fondés sur la collecte de données.

La lutte contre la publicité est-elle un combat transpartisan?

La lutte contre la publicité est d’intérêt général. Quand j’ai fait voter ma loi au Sénat, Bruno Retailleau m’a suivi avec le groupe Les Républicains. Quiconque s’est retrouvé une fois au supermarché à devoir répondre aux caprices d’enfants dictés par la publicité est sensible à la nécessité d’une régulation. C’est un sujet concret et quotidien qui met tout le monde d’accord.

*André Gattolin est sénateur EELV des Hauts-de-Seine. Il est très impliqué dans la lutte contre l’invasion publicitaire, notamment à destination des enfants. Il est l’auteur notamment de la loi sur la suppression de la publicité dans les programmes jeunesse de la télévision publique, votée en décembre dernier.

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