LE PNEUMOLOGUE DE TOTAL FACE à LA JUSTICE

Le Figaro – le 13/06/2017 :

Le Pr Michel Aubier comparait pour «témoignage mensonger». Il est accusé d’avoir menti devant les sénateurs en ne déclarant pas ses liens d’intérêts avec Total alors qu’il était rémunéré par le pétrolier.

On peut donc être pneumologue et allergique. Le Pr Michel Aubier, ancien chef du service de pneumologie-allergologie à l’hôpital Bichat de Paris, professeur à l’université Paris-Diderot, membre et ancien directeur d’une unité Inserm, est incontestablement allergique aux déclarations d’intérêts. C’est ce qui lui vaut d’être jugé ce mercredi devant le tribunal de grande instance de Paris pour «témoignage mensonger», un délit passible de cinq ans de prison et de 75.000 euros d’amende.

Auditionné le 6 avril 2015 par la commission d’enquête sénatoriale sur le coût de la pollution de l’air, il avait déclaré sous serment: «Je n’ai aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques». Devant les sénateurs, il minimisait les risques liés à la pollution atmosphérique. Il intervenait devant les sénateurs en remplacement du directeur général de l’Assistance publique-hôpitaux de paris (AP-HP), Martin Hirsch. Las, le 15 mars 2016, Libération et Le Canard Enchaîné lançaient un pavé dans la mare: l’éminent spécialiste était membre du conseil d’administration de la Fondation Total et médecin-conseil de l’industrie pétrolière. Si Martin Hirsch a assuré être «tombé des nues» en apprenant la double vie de celui qui devait le représenter au Sénat, les langues se sont déliées au sein de l’AP-HP pour dire qu’il était de notoriété publique, notamment à Bichat, que l’ancien chef de service arrondissait ses fins de mois chez Total. L’ancienne directrice de l’hôpital avait d’ailleurs autorisé le pneumologue à prendre les fonctions de médecin-conseil national de Total.

Total lui versait un salaire mensuel compris entre 5.900 et 6.000 euros net

Dans le but de plaider la relaxe, l’avocat du Pr Aubier, François Saint-Pierre, a fait un choix pour le moins original: «Il n’y avait pas de conflit d’intérêts entre son intervention au Sénat et ses fonctions de médecin du travail chez Total, il n’était pas impliqué dans la production industrielle», défend-il. Son client devra alors expliquer pourquoi, quand il est à nouveau entendu devant le Sénat le 17 mars 2016, il a déclaré avoir «mal interprété la notion de liens d’intérêts» et reconnu avoir commis «une très grave erreur».

Selon le Journal du Dimanche, l’enquête a permis d’établir que le groupe Total versait un salaire mensuel compris entre 5.900 et 6.000 euros net au pneumologue et mettait à sa disposition une voiture de fonction. Pour neuf demi-journées de présence par mois, selon son contrat de travail. Un cumul d’activités qui n’a rien d’accessoire: au titre des revenus 2014, Michel Aubier avait déclaré 68.112 euros de traitements et salaires pour l’hôpital Bichat, 64.257 euros pour l’université Paris-7 et aussi 109.956 euros pour Total auxquels s’ajoutaient 1.200 actions gratuites pour Total SA Inactifs.

Les ONG «Écologie sans Frontière» et «Générations Futures» seront parties civiles ainsi que le Sénat.

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