𝐋𝐚 𝐜𝐫𝐮𝐚𝐮𝐭é 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐞𝐧 𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐚𝐜𝐥𝐞

Comment peut-on, encore aujourd’hui, laisser ces gens pratiquer de tels actes de cruauté, de sadisme, et en faire des spectacles ? Comment peut-on encore aujourd’hui banaliser la violence des corridas, des chasses à courre, de toute l’agro-industrie qui ne respecte en rien la sensibilité et l’intelligence animale ?

Un gamin commettant un vol à l’étalage est sanctionné. Comment peut-on collectivement accepter que ces hommes pervers et sadiques, pratiquant de tels actes de cruauté, restent impunis ?

Sud-Ouest, le 14/01/2026 :

Manuel Diosleguarde ici à Bayonne il y a deux ans. © Crédit photo : Emilie Drouinaud / SO

TITRE DE L’ARTICLE à hurler de rire : « Corrida. Toreo : « Comme après l’amour, il n’y a (parfois) plus assez de ressort ».

‘Pour Sud Ouest, l’écrivain François Zumbiehl revient dans ses chroniques sur la genèse, le développement et les clés anthropologiques de la corrida

Une corrida à peu près réussie laisse souvent l’aficionado courbaturé, avec la sensation absurde de s’être presque autant dépensé que les toreros de l’après-midi. La tension s’explique d’abord par le fait que jamais l’aficionado ne peut profiter de tout ce que lui offre le spectacle de l’arène, car sinon il lui faudrait avoir le strabisme suffisant pour pouvoir fixer avec la même acuité le jeu du toro et la prestation du torero. Sauf exceptions, c’est l’homme qui attire au début le regard.

On voit l’animal, évidemment, mais surtout sous le prisme des considérations techniques, comme une énigme à résoudre, ou un instrument à accorder en appuyant ensuite sur les touches qui conviennent. Cependant, quand un toro véritablement brave s’accorde avec le torero pour donner lieu à une grande faena, le panorama change et s’opère une division du regard, avec la frustration logique pour l’aficionado. Lequel, de l’homme ou de l’animal, mérite le plus d’attention ? (…)

Un instinct morbide nous fait préférer, quand les choses ont décidément pris un mauvais tour, que la débâcle soit complète, retentissante, et que la bronca explose. Tout plutôt que de laisser s’installer, tel un encéphalogramme plat, l’ennui ; cette réalité qui est la plus encombrante et la plus insupportable dans une après-midi de taureaux.’

Mediabask, le 30 Août 2025 :

Une manifestation anti-corrida à Bayonne.
Une manifestation anti-corrida à Bayonne. ((Archive) © Guillaume FAUVEAU)

Texte d’Aurélia Puertas :

‘Les affiches dans les commerces, les brochures et les invitations dans les boîtes aux lettres, les panneaux publicitaires, les articles de presse, les banderoles sur les halles de Bayonne… tout est fait pour vous attirer aux temporadas des arènes de Bayonne.

En d’autres temps et d’autres lieux, cette incitation systématique exercée sur l’opinion publique, aux messages et photos bien léchées, aurait pu faire penser à de la propagande. Oh, mais non, pas de cela ici : nous sommes en France, enfin pardon, au Pays Basque, et en 2025.

Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, de droits des animaux, et dans un même temps autoriser la corrida ? Depuis 2015, le Code civil considère “l’animal” en tant qu’“être vivant doué de sensibilité”. Dans son projet de transition écologique et solidaire, la ville de Bayonne prévoit d’ailleurs “d’agir pour une meilleure cohabitation humain-animal en ville”.

Pourtant, la réalité de millions d’animaux est tout autre en France. Il faut savoir que la corrida est en fait tolérée par “dérogation” dans seulement 47 villes de France, en invoquant “une tradition locale ininterrompue” dans le temps. Autrement dit, elle est interdite et condamnée sur 90% du territoire français, jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Il s’agit d’un régime d’exception en contradiction avec l’évolution de la loi. Le Code pénal précise en effet que “tous sévices graves et mises à mort sans nécessité sont interdits”.

Mais voilà, le mot est dit, il est question de “tradition”. Tout le monde n’y associera pas la même connotation. Pour certains, mutiler, porter des sévices graves, stresser, ridiculiser et tuer un être vivant – avec l’art d’enjoliver la chose, du décor aux costumes, en passant par la mise en scène – fait partie de la culture locale. Pour d’autres, il s’agit d’un spectacle grotesque et dégradant, faisant l’apologie de la maltraitance, de la domination, de la violence systémique, et de la perversité morbide. Tout est question de point de vue, mais pas que. Il est question de choix aussi.

Ce cher Pays Basque, que j’affectionne tant, a façonné sa culture et son identité en s’ouvrant au monde, en s’aventurant par-delà les océans, en s’appuyant sur la force de sa communauté, sur l’ouverture sincère du cœur, sur l’entraide et la solidarité. Cette culture, parlons-en ! Que pensez-vous que les Basques ont bien pu penser quand le piment d’Espelette a débarqué il y a 375 ans ? Quand le poivron est arrivé du Mexique, le cho-colat d’Amérique du Sud ou quand le Roi Léon a été créé de toute pièce en 1960 ? Ces pans de la culture, le peuple basque les a choisis à un moment donné de son histoire. La culture peut-être quelque chose de merveilleux, mais doit surtout être à l’image des personnes qui la font vivre. La culture est vivante, elle s’actualise, elle évolue avec son temps.

Mon grand-père paternel, originaire d’Andalousie, le berceau de la corrida, avait en horreur cette tradition, qui n’était pas sa culture. Moi aussi, j’ai fini par comprendre qu’une culture, ça se renouvelle, ça s’embellit et surtout, ça se choisit. La corrida ne fait pas partie de la mienne. En tant que Bayonnaise, je suis sidérée de voir les moyens déployés pour maintenir coûte que coûte ces mises à mort costumées. D’ailleurs, quand on regarde les sondages, je ne suis pas la seule citoyenne à penser cela.

Au total, 74% des citoyens français, de toutes tendances politiques et toutes régions confondues sont favorables à l’interdiction des corridas dans l’Hexagone, selon un sondage Ifop datant de novembre 2022.

Depuis 2016, la corrida est définitivement rayée du Patrimoine culturel immatériel de la France (Unesco). Le Chili, l’Argentine, la Colombie, Cuba et l’Uruguay les ont déjà interdites, ainsi que la Catalogne et la ville de Mexico. Depuis 2005, au total, 27 villes de l’Hexagone suivent le mouvement, comme Vieux-Boucau (Landes), La Brède (Gironde), Eauze (Gers)…

Le maintien de la corrida irait-il à contre-courant ? Et à Bayonne, quelle culture choisissons-nous : tradition délétère ou culture au service du vivant ?

D’accord, mais concrètement, que fait-on pour changer les choses ? En tant que militante pour les droits des animaux, et ancienne référente L214 sur la côte basque, j’ai fait le choix de n’assister à aucune corrida, à Bayonne ou ailleurs, ni à aucun concerts aux Arènes, qui financent indirectement la corrida. Interpeller nos élus à Bayonne, et penser à tout cela aux prochaines élections municipales, contacter nos députés de circonscription qui pourront s’emparer du sujet, rejoindre une association (L214, One Voice, AV…), sont autant de pistes.

J’ai envie d’être fière de cette culture basque, qu’elle ressemble aux générations actuelles, qu’elle soit inclusive, bienveillante, en paix avec son passé, respectueuse du vivant, des hommes et des femmes, et des autres animaux. Corrida, basta!’

𝐄𝐧𝐠𝐫𝐚𝐢𝐬𝐬é𝐬, 𝐞𝐧𝐟𝐞𝐫𝐦é𝐬, 𝐚𝐧é𝐦𝐢é𝐬… 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐞𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐞 𝐛𝐨𝐮𝐜𝐡𝐞𝐫𝐢𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐢𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐠𝐫𝐨-𝐢𝐧𝐝𝐮𝐬𝐭𝐫𝐢𝐞

Reporterre – le 16 octobre 2020 :

Les Français sont les premiers consommateurs de viande de veau au monde et les seconds producteurs européens. Cette filière industrielle écoutée par les pouvoirs publics dissimule mal les raisons de son succès : l’exploitation et la maltraitance animales au nom de la productivité.

Cinq ou six mois. C’est l’âge des veaux lorsqu’ils passent à l’abattoir. Ils sont alors considérés comme suffisamment engraissés. La France est le second producteur européen de viande de veau, avec plus de 1,2 million de bêtes élevées et abattues l’année dernière. Cette viande trouve preneur : les Français en sont les premiers consommateurs au monde. Au point que la France importe de la viande de veau de Belgique et des Pays-Bas, premier producteur européen, d’après les données de FranceAgriMer. L’Hexagone compte presque 2.500 exploitations, dont chacune gère un cheptel moyen de 220 individus. Avec un peu moins de 500 centres d’engraissement, la Bretagne est la région française qui produit le plus selon le dernier bilan de l’Institut de l’élevage (Idele). (…)

« Évidemment, ces animaux n’ont jamais accès à l’extérieur pendant leur vie » 

L’Interbev en est certaine : « Le lait et la viande sont indissociables. Pour déclencher la lactation, la vache doit vêler. » Chaque vache laitière accouche une fois par an à la suite d’une insémination artificielle. Les femelles renouvellent le troupeau et les mâles sont destinés à l’engraissement pour la filière des veaux de boucherie. Anne Vonesch, représentante de France Nature Environnement et du Bureau européen de l’environnement dans le groupe de dialogue civil sur les productions animales de la Commission européenne, raconte le début de leur vie : « Après leur naissance dans l’exploitation laitière, les mâles sont placés dans une niche dans laquelle ils ont tout juste la place de se retourner. Ils y restent quelques jours. Puis, ils sont envoyés vers un centre d’allotement [séparation du bétail en lots], où ils sont classés selon leur poids et leur race. Des lots sont constitués pour être envoyés aux éleveurs. » Pendant la phase de tri, d’après le témoignage d’un salarié de cette industrie recueilli par L214, certains sont tués parce qu’ils sont « trop maigres ou malades et que les engraisser ne serait pas assez rentable. »

À leur naissance, les veaux sont isolés, avant de rejoindre des centres d’allotement.

Les veaux arrivent dans les centres d’engraissement lorsqu’ils sont âgés de quinze jours environ. Le règlement européen autorise, et c’est une exception, qu’ils restent dans des cages individuelles d’un peu plus d’un mètre carré jusqu’à l’âge de huit semaines. Après cette phase, ils doivent être en groupe et disposer d’une surface d’au moins 1,7 mètre carré par veau.

« C’est le principe de l’engraissement. Ils doivent bouger le moins possible pour prendre de la masse rapidement. Évidemment, ces animaux n’ont jamais accès à l’extérieur pendant leur vie », explique Anne Vonesch.

Dans une étude du réseau d’élevage de veau Inosys, constitué de 86 ateliers d’engraissement, on apprend que dans 97 % des bâtiments, le sol est en caillebotis : il est solide et contient des évacuations pour les déjections. Le revêtement est en paille dans 3 % des cas. « Cette statistique est représentative de la situation générale. Les animaux marchent dans leurs excréments car l’évacuation ne fonctionne pas bien. C’est inconfortable pour eux à l’appui et au couchage », commente Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214.

La réglementation autorise aux engraisseurs de provoquer une anémie pour blanchir la viande

Sur le site du ministère de l’Agriculture, on peut lire : « Pour être conforme aux habitudes de consommation des Français, la viande doit avoir une couleur rose pâle. À la naissance, le muscle des veaux est clair. Il prend une couleur rouge lorsqu’ils se mettent à manger des aliments solides contenant du fer, de l’herbe par exemple. Les veaux sont donc gardés à l’intérieur afin d’éviter qu’ils en consomment. » Le règlement permet même de provoquer chez les veaux une carence en fer. Le niveau moyen d’hémoglobine doit être d’au moins 4,5 mmol (milimoles)/litre de sang, la normale allant de 6,4 à 9,4 mmol/litre. Plus le veau est carencé, plus sa viande est blanche. Or, la cotation de la viande de veau montre que plus la chair est blanche, plus elle peut-être vendue chère. « Les veaux sont donc, très souvent, volontairement carencés en fer par le biais de leur alimentation », dit Sébastien Arsac. Cette carence induit une forte prévalence de maladies digestives et respiratoires. L214 a réalisé une enquête entre juillet et octobre 2019 dans un centre de tri et trois élevages de veaux, tous situés dans le Finistère et appartenant à Laïta, propriétaire des marques Mamie Nova et Paysan breton. Outre les conditions de vie très difficiles des veaux, l’enquête montre que onze antibiotiques différents, destinés à prévenir les maladies digestives et respiratoires, sont utilisés dans les trois élevages. Les militants alertent sur la possibilité d’apparition de pathogènes résistants : « Cinq des molécules que nous avons répertoriées sont considérées “d’importance critiquepar l’Organisation mondiale de la santé, pour les risques d’antibiorésistance. »

Rentabilisation maximale de l’espace.

Le fonctionnement des élevages de veau de boucherie est particulier. Plus de 95 % d’entre eux fonctionnent en intégration les charges d’élevage sont supportées par un groupe privé qui est « propriétaire » des animaux. Les bovins sont alimentés avec la nourriture produite et fournie par l’entreprise. Le bâtiment appartient à l’éleveur, qui est rémunéré par le groupe pour une prestation d’engraissement. Les exploitants sont poussés à engraisser de manière intensive : ils doivent respecter une courbe de croissance des veaux, et certains sont rémunérés en fonction de leurs résultats. Plus ils produisent, plus ils gagnent. Les données quant à leur salaire sont rares, d’autant que cela varie d’un exploitant à l’autre. Une enquête menée en Bretagne montre qu’en 2010, ils avaient souvent un revenu inférieur au Smic. Les entreprises d’intégration, quant à elles, se portent bien. Denkavit France — filiale d’un puissant groupe néerlandais — a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 200 millions d’euros en 2018, pour un résultat de 4,6 millions d’euros, par exemple.

La filière du veau génère trois milliards d’euros de chiffre d’affaires par an sur les 6,6 milliards en tout qu’engendre la viande bovine.

Les lobbys mobilisés pour que tout le veau produit en France trouve des débouchés

La France est le deuxième producteur européen de lait après l’Allemagne. L’industrie laitière a généré trente milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 dans le pays. Elle nécessite notamment la production d’environ 25 milliards de litres de lait ces dernières années. Cette production est assurée par 3,7 millions de vaches laitières. Et ces vaches accouchent d’un veau tous les ans afin de produire du lait intensément. (…)

Anne Vonesch doute de la bonne volonté des industriels : « La plaquette de la chambre d’agriculture de Bretagne de 2015 [réalisée en collaboration avec Interbev] sur les bâtiments pour veau de boucherie, donne un bon aperçu de la logique qui détermine les nouvelles recommandations : gagner en compétitivité, attirer des candidats à l’installation, mécaniser et automatiser, maîtriser la santé des veaux. »

Les caillebotis sont souillés par les excréments des animaux.

Pour assurer le débouché de la viande de veau, Interbev explique organiser sa mise en avant dans les points de vente pendant les temps forts de l’année. Le lobby fait aussi en sorte de maintenir le débouché en restauration hors domicile (cantine, restaurant…) qui représente 20 à 30 % de la consommation de veau. Une enquête de Reporterre publiée en 2019 montrait qu’Interbev était présent aux réunions du GEM-RCN chargé de donner des recommandations nutritionnelles pour la restauration collective. Cette viande est vantée pour ses « qualités nutritionnelles ». Sur le site mangerbouger.fr, tenu par Santé publique France, le ministère de la Santé et le Programme national nutrition santé (PNNS), on lit certes qu’il vaut mieux réduire la consommation de viande. Mais, dans l’onglet viande, il est conseillé de « favoriser les morceaux sans trop de gras, comme les escalopes de veau ». Le PNNS recommande encore deux produits laitiers par jour pour les adultes et trois ou quatre pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées. La consommation de veau et de lait est encouragée dans le cadre de politiques de santé publique.

Malgré cela, d’après l’Idele, sur les dernières années, la consommation de veau est en baisse lente dans le pays. Dans une lettre d’information datée de 2017, face à ce constat, l’institut évoquait la possibilité de se tourner davantage vers l’export. La Chine, qui achète déjà du veau néerlandais, pourrait devenir un débouché pour la viande de jeunes bovins français. « Autant dire que, sans intervention politique, l’engraissement de veau en France risque de perdurer, voire de croître. Tant que cette logique productiviste ne sera pas remise à plat, il n’y aura pas de vrais progrès », conclut Sébastien Arsac. L214 demande aux autorités un plan concret de sortie de l’élevage intensif, un moratoire sur le sujet et une végétalisation d’ampleur de l’alimentation en restauration collective.

𝐈𝐍𝐀𝐂𝐂𝐄𝐏𝐓𝐀𝐁𝐋𝐄 𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐀𝐑𝐆𝐄𝐍𝐓 𝐏𝐔𝐁𝐋𝐈𝐂 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐞 à 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭𝐬 𝐝’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞𝐬 𝐝é𝐭𝐫𝐮𝐢𝐬𝐚𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐧𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 au bénéfice de BioTJet et de ses 500 millions d’euros de chiffre d’affaire par an !

La République des Pyrénées – le 23 avril 2025 :

𝐅𝐚𝐜𝐞 à 𝐥𝐚 𝐛𝐞̂𝐭𝐢𝐬𝐞 𝐝’𝐄𝐦𝐦𝐚𝐧𝐮𝐞𝐥 𝐌𝐚𝐜𝐫𝐨𝐧 :

Sud-Ouest – le 17/07/2025 :

Pyrénées : Emmanuel Macron redit sa volonté de s’attaquer aux loups dans le massif pour protéger le pastoralisme

Interpellé par le président de la chambre d’agriculture du 65, Emmanuel Macron a redit sa volonté de s’attaquer au prédateur qui s’est implanté dans les Pyrénées.

« J’ai défendu le pastoralisme il y a quinze jours. » Apostrophé par Christian Fourcade, le patron de la chambre d’agriculture des Hautes-Pyrénées lors de sa visite au pic du Midi de Bigorre ce jeudi 17 juillet, le président de la République a répété ce qu’il avait formulé dans l’Aveyron début juillet. Emmanuel Macron avait assuré les éleveurs de sa volonté d’ « empêcher le loup là où il y a du pastoralisme », « quitte à en abattre davantage ».

France Nature Environnement avait alors dénoncé « une sortie de route complète ». « Il fait un exercice de populisme d’un niveau rare en affirmant des choses totalement mensongères »,…

RAPPELONS QU’IL S’AGIT ICI D’UN SEUL LOUP.

RIDICULE & PATHÉTIQUE.

« 𝐔𝐧𝐞 𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐫é𝐝𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » : l’Agglomération Pays basque s’oppose au projet E-cho sur le bassin industriel de Lacq

Sud-Ouest – le 31/03/2025 :

Le projet d’usine de production d’e-méthanol d’Elyse Energy sur l’une des friches industrielles du bassin de Lacq. Photo Elyse Energy

Les élus ont voté une motion « pour la préservation des ressources forestières du Pays basque », samedi 29 mars, pour s’opposer à un projet de production de carburants bas-carbone, jugé trop gourmand en bois

Le projet E-cho a beau être prévu près de Pau, son implantation dans le bassin industriel de Lacq inquiète jusqu’au Pays basque. « Notre territoire est englobé dans le cercle d’approvisionnement en bois du projet », explique Solange Demarcq-Eguiguren. La maire de Biriatou a soumis une motion « contre les prélèvements de biomasse sur la forêt basque » au vote des élus de la Communauté d’agglomération Pays basque (CAPB), samedi 29 mars. Le texte a été adopté par 146 voix pour, 14 contre et 47 abstentions.

Porté par l’entreprise Elyse Energy, E-cho prévoit l’implantation de trois unités de production de molécules bas-carbone à Lacq. Elles doivent produire du e-biokérosène, de la e-bionaphta, utilisée en chimie verte, et de l’hydrogène. Leur consommation en bois est estimée, selon la CAPB, à 300 000 tonnes par an,

𝐋𝐚 𝐠é𝐨𝐢𝐧𝐠é𝐧𝐢𝐞𝐫𝐢𝐞 : 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭é𝐠𝐢𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐬𝐚𝐮𝐯𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥𝐢𝐬𝐦𝐞, 𝐩𝐚𝐬 𝐥𝐞 𝐜𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭

Reporterre – le 12 novembre 2024 :

Geoingenierie

Contrôler le climat plutôt qu’arrêter nos activités destructrices : telle est l’ambition de la géoingénierie.

Elle pénètre de plus en plus les discours politiques, alertent Marine de Guglielmo Weber et Rémi Noyon dans leur livre, « Le Grand retournement ».

La géoingénierie : le terme aux contours flous désigne l’ensemble des projets de modification volontaire du climat. Qu’il s’agisse de se prémunir du réchauffement global par la modification du rayonnement solaire ou en capturant massivement le carbone de l’atmosphère, ou que l’on tente de réparer localement ses effets catastrophiques en prétendant par exemple modeler les glaciers à notre guise, ces variantes ont en commun l’ambition démiurgique de leurs promoteurs. Il s’agit de contrôler nous-mêmes le climat plutôt que d’arrêter de le dérégler.

Ces remèdes d’apprentis sorciers suscitent beaucoup de critiques tant ils pourraient s’avérer pires que le mal, en déclenchant des phénomènes imprévisibles et incontrôlables. Ils s’immiscent pourtant avec de plus en plus d’insistance dans les discours politiques, scientifiques et dans les conférences climatiques, au risque de bientôt paraître incontournables.

La dynamique est puissante, car guidée par les intérêts impératifs du capitalisme. La géoingénierie lui offre une porte de sortie pour perdurer malgré l’urgence climatique : on peut changer le climat plutôt que le système ! Cette stratégie dangereusement efficace est brillamment mise en lumière par Marine de Guglielmo Weber, chercheuse sur la géoingénierie à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (Irsem), et Rémi Noyon, journaliste au Nouvel Obs, dans leur ouvrage Le Grand retournement (éd. Les Liens qui libèrent, 2024).

Des concepts écologiques « boulevards pour la géoingénierie »

Les auteurs retracent la longue histoire de l’idée et des ambitions de la géoingénierie, avant de faire la pédagogie des nombreuses limites et dangers de son déploiement. La partie la plus intéressante de leur ouvrage tient à l’identification des différents ressorts ayant contribué à imposer la géoingénierie dans le débat public. Ils sont, entre autres, d’ordre philosophique et économique.

D’un point de vue philosophique d’abord, la modernité occidentale et sa conception de la nature sont intimement liées, pour les auteurs, aux tentations prométhéennes de manipulation du climat. Le fantasme de contrôler la météo est une « constante historique » depuis l’antiquité, rappellent-ils, mais la géoingénierie est devenu un projet crédible au XXe siècle, avec la guerre froide qui a stimulé le déploiement d’armes atomiques et de technologies spatiales et informatiques. Tout cela « favorise la naissance d’un imaginaire démiurgique ».

Divers projets de contrôle des nuages, voire du climat, se sont épanouis dans ce contexte, se nourrissant de l’évolution ontologique majeure qu’a entraîné la naissance des sciences du système Terre. On a commencé à observer et comprendre la planète dans son intégralité, et à vouloir « résoudre des problèmes globaux avec une vision globale », selon les mots de Cesare Marchetti, physicien italien ayant, le premier, utilisé le terme de géoingénierie dans les années 1970.

Le projet britannique Spice, étudiant la possibilité d’injecter des
particules dans la stratosphère afin de réfléchir les rayons du soleil
et d’ainsi modifier le climat.
Wikimedia Commons/CC BYSA 3.0/Hughhunt

Le chimiste Paul Crutzen, qui a popularisé le concept d’Anthropocène, a ensuite écrit sur la possible nécessité d’entrer dans une troisième phase de l’Anthropocène, après celles de la Révolution industrielle et la Grande accélération, pour aller vers une gestion contrôlée du système Terre.

Cette vision holistique a été inspirée par l’hypothèse Gaïa émise également dans les années 1970 par James Lovelock et Lynn Margulis, qui voient dans l’ensemble de la biosphère un seul superorganisme cohérent. Flirtant avec la tentation de la géoingénierie, Lovelock finit lui-même par y souscrire en disant croire en l’avènement d’un « bon Anthropocène » puis d’un « Novacène », où l’humain permettra à la biosphère de retrouver son harmonie grâce à la technologie.

Des concepts comme Gaïa ou l’Anthropocène, emblématiques de la prise de conscience écologique, ont ainsi paradoxalement servi à justifier l’hubris technologique. Si l’humanité devient une puissance géologique, cela ouvre « la possibilité d’un nouveau régime de légitimation, celui de la géoingénierie gaïenne », disent les auteurs, reprenant les termes du philosophe Sébastien Dutreuil.

Le même retournement est décrit à propos de la nouvelle philosophie du vivant, portée par des auteurs comme Bruno Latour ou Philippe Descola. Ceux-ci ont œuvré à la critique de la modernité occidentale et de son ontologie singulière qui sépare l’humain du reste du vivant. En prônant la réintégration de l’humanité au sein de la nature, ils sont accusés « d’ouvrir un boulevard à la géoingénierie » : si tout est naturel, y compris les artefacts humains, et si le monde est déjà hybride, et qu’imaginer une nature vierge d’influence humaine est illusoire, alors pousser le curseur vers plus d’artificialisation n’a plus rien de tabou.

La géoinénierie comme aboutissement du capitalisme

L’autre généalogie de la géoingénierie explorée par les auteurs est d’ordre économique. Dès le XIXe siècle, Karl Marx et Friedrich Engels ont dénoncé dans le Manifeste du Parti communiste l’incapacité de la société bourgeoise à « dominer les puissances infernales » qu’elle met en branle. Pour les écomarxistes contemporains, la géoingénierie est le dernier avatar, prévisible et inévitable, de cette fuite en avant propre au capitalisme : celui-ci doit pour survivre exploiter toujours plus les travailleurs et la nature, et doit sans cesse se réinventer par la technologie pour tenter de surmonter ses contradictions.

En découle une propagande technosolutionniste, une foi messianique en la destinée technologique de l’humanité, portée aujourd’hui en premier lieu par la Silicon Valley californienne. L’enjeu est de préserver à tout prix le modèle de croissance et de surconsommation vital pour le capitalisme en essentialisant nos désirs de consommation qu’il a lui-même induits. Il serait vain de vouloir changer la « nature humaine », insatiable et accumulatrice. Le système économique est intouchable : la seule solution est de changer le système Terre.

Ce discours s’est bien sûr affiné au fil des décennies pour rendre la géoingénierie acceptable. Son influence se fait notamment ressentir dans un tournant sémantique important : le remplacement de l’objectif de maintien du réchauffement à 1,5 °C par celui d’atteindre la « neutralité carbone ». Une formulation du problème qui permet opportunément de rendre la sortie des énergies fossiles moins impérative puisque leurs émissions restantes seraient compensées par des « émissions négatives » : soit en captant du carbone par la biomasse soit en le retirant de l’atmosphère par la technologie. Deux voies surinvesties dans les scénarios climatiques pour ménager l’effort de sortir des fossiles, mais largement illusoires.

« Les décideurs y trouvent une raison de procrastiner »

Autre biais de séduction pour la géoingénierie : se présenter comme une option modérée, délestée de ses prétentions originelles de contrôle total du climat. Il s’agirait maintenant seulement de l’utiliser comme coup de pouce temporaire, pour « écrêter le pic » de nos émissions. Plus le temps passe, plus les espoirs de contenir le réchauffement sous 1,5 °C deviennent illusoires : de nombreux scénarios modélisent donc un dépassement « temporaire » de la cible, éventuellement invisibilisée par quelques protections technologiques contre le rayonnement solaire, avant de revenir dans les clous grâce à nos émissions négatives.

C’est toute la rhétorique de lobbies actuels de la géoingénierie, à l’instar de l’influente Climate Overshoot Commission. Cette « Commission mondiale sur la réduction des risques climatiques liés au dépassement » plaide officiellement pour un moratoire, tout en contribuant à développer le débat sur la géoingénierie, présentée comme des « approches additionnelles ».

L’argument est forcément attrayant pour les décideurs, qui y trouvent une raison de procrastiner puisque la technologie promet, demain, de compenser les efforts non consentis aujourd’hui. Dans les coulisses des COP, ces grandes conférences internationales sur le climat, les événements et promoteurs de la géoingénierie pullulent de plus en plus, soulignent les auteurs.

Ces derniers observent également un grand retournement opérant sur le plan moral. Alors que ces projets d’apprentis sorciers étaient jusque-là dénoncés pour leur manière irresponsable de jouer avec le destin de la Terre entière, monte dorénavant l’idée qu’il serait irresponsable de ne pas agir face au chaos climatique annoncé. De même, dans les pays du Sud où ces ambitions technosolutionnistes venues de l’Occident étaient historiquement mal perçues, la multiplication des catastrophes climatiques commence à nourrir le discours inverse : il serait de la responsabilité du Nord de tout faire pour limiter le réchauffement, y compris par la géoingénierie.

Le piège pourrait rapidement se refermer : plus l’on s’engage vers des options de géoingénierie, plus on retarde la lutte contre les énergies fossiles en comptant sur les technologies de manipulation du climat, plus l’on crée une dépendance au sentier et l’on renforcer le « verrouillage sociotechnique ». « Les techniques mises en place deviennent extrêmement difficiles à déraciner, quand bien même l’on finirait par découvrir qu’elles sont inefficaces, voire nuisibles », préviennent les auteurs.

Nous n’en sommes pas encore là, mais subissons déjà une forme de « verrouillage cognitif », écrivent-ils. Cette lente acclimatation culturelle qui nous a rendus plus aptes à « imaginer la fin du monde que celle du capitalisme ». Il est encore temps, concluent-ils, de briser ce verrou, en luttant contre cette imprégnation, et en menant la bataille des imaginaires, sur les terrains ontologique et économique.

𝐔𝐧𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐝𝐮 𝐛𝐚𝐬𝐬𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐋𝐚𝐜𝐪 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐭𝐨𝐩 𝟓 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐠𝐫𝐨𝐬 𝐞́𝐦𝐞𝐭𝐭𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐥𝐮𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐞́𝐭𝐞𝐫𝐧𝐞𝐥𝐬 𝐞𝐧 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐞

Sud-Ouest – le le 01/04/2025 :

L’usine Finorga (groupe Axplora), située à Mourenx sur le bassin de Lacq, fait partie du top 5 des plus gros émetteurs français de polluants éternels, selon la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. Des taux inquiétants de certains PFAS ont été retrouvés dans les rejets de cette industrie, jusqu’à 181 kg en un jour. Les rejets ont été stoppés

L’un des plus gros émetteurs français de PFAS (substances per- ou polyfluoroalkylées), ces polluants éternels dans le viseur de l’État depuis un arrêté ministériel de juin 2023, a été découvert en Béarn, sur le bassin de Lacq, selon une étude de l’ONG Générations futures, qui s’est appuyée sur des données émises par les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), concernant 2 700 installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).

Parmi ce panel de 2 700 sites sensibles français, l’usine Finorga (groupe Axplora) de Mourenx – qui produit des principes actifs pharmaceutiques utilisés notamment dans la fabrication de médicaments destinés à lutter contre l’obésité et le diabète – est l’un des plus mauvais élèves en termes d’émissions de PFAS, révèle le journal « Le Monde », qui cite l’étude de l’ONG.

Selon la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, dans un arrêté daté du 18 mars 2025, « les installations de Finorga se placent au 5e  rang national des émetteurs de PFAS ». Cette statistique a été émise après une inspection réalisée le 5 décembre 2024 ayant démontré la présence d’acide trifluoroacétique (TFA) « à des teneurs significatives », à savoir une concentration mesurée à 50 mg/L pour un flux de 2,2 kg par jour.

« 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐮 𝐟𝐨𝐮𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐠𝐮𝐞𝐮𝐥𝐞 », 𝐟𝐨𝐫𝐦é𝐬 à 𝐝é𝐭𝐞𝐜𝐭𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐝𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐬𝐮𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐞𝐬, 𝐜𝐞𝐬 𝐫𝐢𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐮 𝐁𝐚𝐬𝐬𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐋𝐚𝐜𝐪 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐥è𝐫𝐞

Sud-Ouest – le 16/05/2025 :

L’association de riverains Arsil, sur le bassin de Lacq, pointe notamment des « torchages » nocturnes sur les sites Arkema et Sobegi. Leurs dirigeants livrent des explications, mais tout n’est pas élucidé

« Vendredi 16 mai 2025, 3 heures du matin. Réveillés en pleine nuit avec des problèmes pour respirer. Système respiratoire en feu, bouche, langue et yeux qui piquent. » Le message a été posté vendredi 16 mai, au petit matin, sur la page Facebook de l’Association de riverains des sites industriels du bassin de Lacq (Arsil). C’est Gilles Cassou, habitant de Lacq et président du collectif, qui s’exprime, vidéo des « torchages » à l’appui. « Obligés de quitter notre domicile pour essayer de préserver un minimum notre santé. Scandaleux », commente-t-il.

Joint à ce sujet, il complète : « Les émanations étaient très irritantes : ça me réveille la nuit. J’ai eu un blocage respiratoire et j’ai dû finir la nuit dans ma voiture. » Une situation qu’il a déjà connue. « Mais ça faisait très longtemps que ça n’avait pas été aussi intense », rapporte-t-il. Le week-end précédent déjà, croyant à un incident grave au vu des émanations, il avait appelé les pompiers. Mais aucun problème n’avait été repéré.