Comment peut-on, encore aujourd’hui, laisser ces gens pratiquer de tels actes de cruauté, de sadisme, et en faire des spectacles ? Comment peut-on encore aujourd’hui banaliser la violence des corridas, des chasses à courre, de toute l’agro-industrie qui ne respecte en rien la sensibilité et l’intelligence animale ?
Un gamin commettant un vol à l’étalage est sanctionné. Comment peut-on collectivement accepter que ces hommes pervers et sadiques, pratiquant de tels actes de cruauté, restent impunis ?

TITRE DE L’ARTICLE à hurler de rire : « Corrida. Toreo : « Comme après l’amour, il n’y a (parfois) plus assez de ressort ».
‘Pour Sud Ouest, l’écrivain François Zumbiehl revient dans ses chroniques sur la genèse, le développement et les clés anthropologiques de la corrida
Une corrida à peu près réussie laisse souvent l’aficionado courbaturé, avec la sensation absurde de s’être presque autant dépensé que les toreros de l’après-midi. La tension s’explique d’abord par le fait que jamais l’aficionado ne peut profiter de tout ce que lui offre le spectacle de l’arène, car sinon il lui faudrait avoir le strabisme suffisant pour pouvoir fixer avec la même acuité le jeu du toro et la prestation du torero. Sauf exceptions, c’est l’homme qui attire au début le regard.
On voit l’animal, évidemment, mais surtout sous le prisme des considérations techniques, comme une énigme à résoudre, ou un instrument à accorder en appuyant ensuite sur les touches qui conviennent. Cependant, quand un toro véritablement brave s’accorde avec le torero pour donner lieu à une grande faena, le panorama change et s’opère une division du regard, avec la frustration logique pour l’aficionado. Lequel, de l’homme ou de l’animal, mérite le plus d’attention ? (…)
Un instinct morbide nous fait préférer, quand les choses ont décidément pris un mauvais tour, que la débâcle soit complète, retentissante, et que la bronca explose. Tout plutôt que de laisser s’installer, tel un encéphalogramme plat, l’ennui ; cette réalité qui est la plus encombrante et la plus insupportable dans une après-midi de taureaux.’
Texte d’Aurélia Puertas :
‘Les affiches dans les commerces, les brochures et les invitations dans les boîtes aux lettres, les panneaux publicitaires, les articles de presse, les banderoles sur les halles de Bayonne… tout est fait pour vous attirer aux temporadas des arènes de Bayonne.
En d’autres temps et d’autres lieux, cette incitation systématique exercée sur l’opinion publique, aux messages et photos bien léchées, aurait pu faire penser à de la propagande. Oh, mais non, pas de cela ici : nous sommes en France, enfin pardon, au Pays Basque, et en 2025.
Comment peut-on parler de nos jours d’égalité et de solidarité, parler de bien-être animal, de droits des animaux, et dans un même temps autoriser la corrida ? Depuis 2015, le Code civil considère “l’animal” en tant qu’“être vivant doué de sensibilité”. Dans son projet de transition écologique et solidaire, la ville de Bayonne prévoit d’ailleurs “d’agir pour une meilleure cohabitation humain-animal en ville”.
Pourtant, la réalité de millions d’animaux est tout autre en France. Il faut savoir que la corrida est en fait tolérée par “dérogation” dans seulement 47 villes de France, en invoquant “une tradition locale ininterrompue” dans le temps. Autrement dit, elle est interdite et condamnée sur 90% du territoire français, jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Il s’agit d’un régime d’exception en contradiction avec l’évolution de la loi. Le Code pénal précise en effet que “tous sévices graves et mises à mort sans nécessité sont interdits”.
Mais voilà, le mot est dit, il est question de “tradition”. Tout le monde n’y associera pas la même connotation. Pour certains, mutiler, porter des sévices graves, stresser, ridiculiser et tuer un être vivant – avec l’art d’enjoliver la chose, du décor aux costumes, en passant par la mise en scène – fait partie de la culture locale. Pour d’autres, il s’agit d’un spectacle grotesque et dégradant, faisant l’apologie de la maltraitance, de la domination, de la violence systémique, et de la perversité morbide. Tout est question de point de vue, mais pas que. Il est question de choix aussi.
Ce cher Pays Basque, que j’affectionne tant, a façonné sa culture et son identité en s’ouvrant au monde, en s’aventurant par-delà les océans, en s’appuyant sur la force de sa communauté, sur l’ouverture sincère du cœur, sur l’entraide et la solidarité. Cette culture, parlons-en ! Que pensez-vous que les Basques ont bien pu penser quand le piment d’Espelette a débarqué il y a 375 ans ? Quand le poivron est arrivé du Mexique, le cho-colat d’Amérique du Sud ou quand le Roi Léon a été créé de toute pièce en 1960 ? Ces pans de la culture, le peuple basque les a choisis à un moment donné de son histoire. La culture peut-être quelque chose de merveilleux, mais doit surtout être à l’image des personnes qui la font vivre. La culture est vivante, elle s’actualise, elle évolue avec son temps.
Mon grand-père paternel, originaire d’Andalousie, le berceau de la corrida, avait en horreur cette tradition, qui n’était pas sa culture. Moi aussi, j’ai fini par comprendre qu’une culture, ça se renouvelle, ça s’embellit et surtout, ça se choisit. La corrida ne fait pas partie de la mienne. En tant que Bayonnaise, je suis sidérée de voir les moyens déployés pour maintenir coûte que coûte ces mises à mort costumées. D’ailleurs, quand on regarde les sondages, je ne suis pas la seule citoyenne à penser cela.
Au total, 74% des citoyens français, de toutes tendances politiques et toutes régions confondues sont favorables à l’interdiction des corridas dans l’Hexagone, selon un sondage Ifop datant de novembre 2022.
Depuis 2016, la corrida est définitivement rayée du Patrimoine culturel immatériel de la France (Unesco). Le Chili, l’Argentine, la Colombie, Cuba et l’Uruguay les ont déjà interdites, ainsi que la Catalogne et la ville de Mexico. Depuis 2005, au total, 27 villes de l’Hexagone suivent le mouvement, comme Vieux-Boucau (Landes), La Brède (Gironde), Eauze (Gers)…
Le maintien de la corrida irait-il à contre-courant ? Et à Bayonne, quelle culture choisissons-nous : tradition délétère ou culture au service du vivant ?
D’accord, mais concrètement, que fait-on pour changer les choses ? En tant que militante pour les droits des animaux, et ancienne référente L214 sur la côte basque, j’ai fait le choix de n’assister à aucune corrida, à Bayonne ou ailleurs, ni à aucun concerts aux Arènes, qui financent indirectement la corrida. Interpeller nos élus à Bayonne, et penser à tout cela aux prochaines élections municipales, contacter nos députés de circonscription qui pourront s’emparer du sujet, rejoindre une association (L214, One Voice, AV…), sont autant de pistes.
J’ai envie d’être fière de cette culture basque, qu’elle ressemble aux générations actuelles, qu’elle soit inclusive, bienveillante, en paix avec son passé, respectueuse du vivant, des hommes et des femmes, et des autres animaux. Corrida, basta!’











