NOTRE-DAME-DES-LANDES : UN ATTERRISSAGE MAITRISÉ

LE MONDE – le : DTxKjkDX0AE8Aq1

Pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvait le dossier de l’aéroport NDDL, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont procédé à une analyse coûts-bénéfices approfondie.

L’on ignore si, à leurs moments perdus, le président de la République et le premier ministre pratiquent ce nouveau loisir en vogue que sont les ­« escape games » : ce jeu en équipes consiste à relever quelques défis et à résoudre un certain nombre d’énigmes permettant de trouver la sortie d’un espace clos dans un temps limité. Emmanuel Macron et Edouard Philippe y seraient sans aucun doute performants, si l’on en juge par la manière dont ils viennent de dénouer ­l’invraisemblable pataquès de Notre-Dame-des-Landes.

En effet, cela fait un demi-siècle que ce site a été retenu pour construire un nouvel aéroport régional, à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes. Une zone d’aménagement différé (ZAD) a été créée dès 1974 pour l’accueillir. Mis en sommeil, le projet a été relancé en 2000 par le gouvernement Jospin et déclaré d’utilité publique en 2008 par le gouvernement Fillon.

Objet de quelque 180 recours (tous écartés par la justice), soutenu par bon nombre des élus locaux, approuvé à 55 % par les habitants de Loire-Atlantique lors d’une consultation en juin 2016, cet aménagement se heurtait à une opposition virulente : quelques centaines de « zadistes » radicaux qui occupent les lieux depuis des années et des militants écologistes (mais pas seu­lement) qui jugeaient le futur aéroport surdimensionné, excessivement coûteux et nuisible pour l’environnement. Bref, le dossier était dans l’impasse.

Pour en sortir, le gouvernement, premier ministre en tête, a donc tranché, sur la base d’un rapport d’experts qui lui a été remis il y a un mois et après d’intenses consultations avec toutes les parties prenantes. Mercredi 17 janvier, il a annoncé l’abandon du projet Notre-Dame-des-Landes et préconisé le ­développement et la modernisation de l’actuel aéroport de Nantes. Qu’elle relève d’une réelle hésitation ou d’une soigneuse mise en scène, cette décision repose, en tout cas, sur une analyse coûts-bénéfices approfondie.

Coûts politiques

FRANCE-POLITICS-AIRPORT-AVIATION-ENVIRONMENTLes coûts possibles sont surtout politiques. Le candidat Macron avait dit, durant la campagne présidentielle, son intention de respecter le résultat de la consultation de 2016. Cela valait approbation du projet de nouvel aéroport. L’abandonner aujourd’hui revient à renier cet engagement et à bafouer la démocratie, martèle donc désormais la droite, trop heureuse de trouver enfin un angle d’attaque contre cet insaisissable président. Et pour faire bon poids, elle ajoute le défaut d’autorité de l’État qui a préféré ­capituler devant quelques « zadistes » au détriment de l’intérêt général supposé. Quant aux élus locaux, largement favorables au projet, ils s’insurgent contre le mépris dont ils s’estiment victimes.

A l’inverse, le gouvernement souligne avec énergie, et non sans raison, que sa décision est courageuse, ferme et raisonnable. De fait, contrairement à ce qu’avaient fait ses prédécesseurs depuis des années, il a enfin tranché plutôt que de laisser pourrir davantage encore ce dossier. Il a clairement averti les occupants illégaux du site qu’ils devraient quitter les lieux, appelés à retrouver leur vocation agricole, d’ici au printemps – et cela n’est pas sans risques. Il s’engage enfin à ouvrir rapidement le chantier du développement de l’aéroport existant pour répondre aux besoins de la région et il ne doute pas que, passé leur frustration, les élus locaux s’y associeront.

Sur un terrain aussi miné que le bocage nantais, l’atterrissage était périlleux. Il a été habilement maîtrisé.

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COMMENT TOTAL ET SES SOUS-TRAITANTS EXPOSENT LEURS OUVRIERS à DES PRODUITS TOXIQUES EN TOUTE CONNAISSANCE DE CAUSE

Observatoire des Multinationales – le 05.12.2017 :

Après cinquante ans d’exploitation du gaz sur la zone industrielle de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, Total dépollue les sols avant son départ définitif. Lorsqu’un terrain est vendu, les entreprises sous-traitantes excavent des tonnes de terres gorgées de métaux lourds et de produits toxiques. Sous pression, certaines d’entre elles se passent de toute mesure visant à protéger leurs ouvriers. Sans que Total s’en émeuve. L’un d’eux se démène depuis cinq ans pour faire reconnaître son exposition, ne trouvant que peu d’appui du côté des institutions. Récit du parcours de ce lanceur d’alerte.

 

Nous sommes en août 2012. Comme souvent, depuis une dizaine d’années, Thibaut Moncade passe d’un pas alerte les portes de sécurité de la plateforme industrielle de Lacq, à quelques encablures de Pau. Employé par une petite entreprise de terrassement, il s’installe aux commandes de sa pelle mécanique. Remblayer un monticule par ici, aplanir le terrain à côté. Autour de lui, le ballet des ouvriers a débuté : ils déplacent des camions de terre et viennent larguer leurs gravats à quelques mètres. Soudain, nauséeux et en sueur, le pelliste se sent mal. Il descend de son engin, se dirige vers la sortie, passe devant ce tas de terre, dont l’odeur est décidément insupportable. Tandis qu’il est pris de violents haut-le-cœur, une certitude s’installe en lui et ne le quittera plus : il a été empoisonné pendant des années.

Surnommée le « Texas béarnais », la plateforme de Lacq, exploitée par la compagnie pétrolière Total, a fait travailler près de 8000 personnes pour extraire jusqu’à 33 millions de m3 de gaz par jour. A l’époque, les impératifs environnementaux étaient inexistants. « Quand on avait de l’huile sur les mains, on les nettoyait avec du toluène [un solvant à base d’hydrocarbure très toxique pour l’être humain], se souvient Patrick Mauboulès, secrétaire CGT de la filiale de Total TEPF et membre de l’association environnementale Sepanso. En chargeant et déchargeant les wagons sur la plateforme de Lacq, il arrivait qu’on renverse des produits sur le sol. Des fois du styrène, des fois du benzène, ou des boues d’hydrocarbures… »

Métaux lourds, cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques

Désormais, les gisements sont quasiment épuisés. Le soufre qui sort des derniers puits est utilisé par certaines industries chimiques pour fabriquer des engrais, des produits pharmaceutiques, cosmétiques ou phytosanitaires. L’heure est à la remise en état et à la dépollution du site. C’est à ces diverses tâches que l’ouvrier trentenaire s’est attelé depuis dix ans, employé par l’entreprise Marsol, l’un des nombreux sous-traitants qui interviennent sur le site pour le compte de Total exploration production France (TEPF), la filiale de Total qui exploitait le gisement de gaz.

Thibaut Moncade a été licencié pour inaptitude en 2015, et a depuis épuisé ses droits au chômage. Il cherche un emploi et vit grâce au salaire de sa femme, enseignante. Comment en est-il arrivé là depuis ce jour d’août 2012 où il s’est senti malade ? Assis à la table de son salon, le béarnais s’anime à l’évocation de ces souvenirs. « Vous avez déjà eu une intoxication alimentaire ? », illustre-t-il. « Plusieurs années après, si on vous met le même plat sous le nez, cela vous donne envie de vomir. Là, pareil. Ça a fait tilt dans ma tête : c’était cette odeur qui me retournait le ventre depuis des mois. »

Le pelliste apprécie alors son travail qui consiste le plus souvent à solidifier des boues de forage issues des puits de gaz disséminés dans la région. Pourtant, voilà des mois qu’il a perdu l’appétit, accompagné de maux de tête, de nausées, de diarrhées et de brûlures d’estomac. Loin de soupçonner ses conditions de travail, il a d’abord pensé à une longue gastro-entérite. Lorsqu’on l’envoie en mars 2012 sur le chantier d’un autre client, ses symptômes disparaissent.

« Je me demande comment j’ai pu me faire avoir à ce point »

À son retour à Lacq début août, il fait enfin le lien entre ce tas de terre et ses symptômes. Quelques jours plus tôt, il a suivi une formation à la sécurité avant de commencer ce nouveau chantier sur la plateforme. Pour la première fois en dix ans, on lui explique que le sol de la plateforme de Lacq est chargée de métaux lourds et de pléthores d’autres produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR). Surtout, on lui dit que travailler au contact de ces polluants nécessite de porter une tenue d’astronaute. Autant de combinaisons, masques, bottes et gants dont il n’a jamais vu la couleur. Sur chaque chantier, lui et ses collègues ne sont vêtus que d’un casque et d’un bleu de travail.

Lorsqu’il sort de cette formation, l’heure est encore à l’insouciance. « Honnêtement, je n’étais pas plus outré que cela. » Son employeur sait ce qu’il fait, pense-t-il confiant. Et Total, qui fait sous-traiter la dépollution, a la réputation d’être à cheval sur sécurité. « Encore aujourd’hui je me demande comment j’ai pu me faire avoir à ce point. » Son regard, que soulignent deux cernes remplies de fatigue, se pose sur un dossier rouge, gonflé de papiers officiels, d’échanges de mails et de courriers à en-tête. Ils en disent long sur l’énergie que le trentenaire a consacré à l’obtention d’un document attestant de son exposition à des produits dangereux. Un document qu’il n’a toujours pas entre les mains, alors même qu’il aurait dû lui être remis d’office.

Des ouvriers tenus dans l’ignorance

Lorsque Thibaut Moncade intervient avec sa pelle mécanique à Lacq, la reconversion du bassin industriel a commencé. TEPF, la filiale de Total, vend par parcelles ses plateformes gazières à des usines souhaitant s’installer sur ce terreau industriel classé Seveso. Toray Carbon Fibers, une entreprise japonaise spécialisée dans la fabrication de fibres de carbone, s’est positionnée pour acheter 16 hectares de terrain. Avant de laisser la place au nouveau propriétaire, TEPF doit s’acquitter d’une obligation légale : dépolluer le sol souillé après 60 années d’exploitation des puits de gaz. Une flopée d’entreprises sous-traitantes du BTP s’en chargent.

Sur le terrain, une trentaine d’ouvriers, dont Thibaut Moncade, se croisent mais ne se connaissent pas. Ces petites mains excavent la terre sur plusieurs mètres de profondeur à l’emplacement de la future usine Toray, et la stockent en tas à l’air libre. De novembre 2011 à fin février 2012, son équipe creuse des tranchées en bordure du terrain afin de repérer et condamner les réseaux de canalisations. Le mot « dépollution » n’est jamais prononcé pendant ces quatre mois de chantier, mais les ouvriers témoignent de l’odeur écœurante que dégage la terre gorgée d’hydrocarbures, dont les reflets irisés la teintaient de bleu, de jaune, ou de violet.

Suite à sa prise de conscience, le premier réflexe de Thibaut Moncade est de se procurer le plan de prévention du chantier, établi dès qu’une entreprise sous-traitante effectue des travaux sur le site d’une autre société. Chaque entreprise y consigne les risques associés à son activité et les mesures de prévention à mettre en œuvre pour protéger les travailleurs. Mais au début du chantier, le conducteur de travaux se contente de lire aux salariés les risques de sa propre entreprise – accident de la route, éboulement, chute de pierre – et élude la partie concernant les risques associés au site de Lacq. Y figurent pourtant noir sur blanc les risques d’exposition aux hydrocarbures, aux solvants et à des CMR, ainsi que les équipements de protection individuels que les salariés auraient dû porter.

Les employeurs « savaient depuis le début »

À la lecture du document intégral, Thibaut Moncade sent la moutarde lui monter au nez. « Tout le monde savait depuis le début. » Il se tourne vers le docteur Duretz-Camou, son médecin du travail au sein du service local de santé interentreprises. « J’aurai dû avoir des analyses urinaires en début et en fin de chantier de manière à surveiller la présence de ces agents chimiques dans mon corps », dénonce-t-il. Cependant, entre les missions du médecin du travail qui suit les salariés de Marsol, celles du médecin du travail de la filiale de Total et celles des deux employeurs, l’imbroglio d’interlocuteurs transforme souvent le parcours de santé de chaque travailleur sous-traitant en parcours du combattant, confronté à des négligences plus ou moins volontaires. Les examens permettant de contrôler que les salariés sont bien à l’abri d’une contamination par les produits toxiques étaient exceptionnels. « On a eu des prélèvements urinaires une fois et après jamais plus. Je n’ai même pas eu les résultats des examens entre les mains », se souvient un ex-salarié de Marsol, licencié pour inaptitude en 2015 après 33 ans passés dans l’entreprise.

Thibaut Moncade, employé comme pelliste par un sous-traitant de Total, licencié pour inaptitude en 2015, qui mène un combat pour obtenir sa fiche d’exposition à des agents chimiques dangereux que l’entreprise est censée lui remettre. Photos : © James Keogh pour Basta !

Un autre paramètre s’ajoute au dossier médical de l’ouvrier. Une sclérose en plaques lui a été diagnostiquée en 2008, soit six ans après son arrivée sur Lacq. Son médecin du travail ne l’a jamais informé, comme il aurait dû, des produits neurotoxiques présents sur la plateforme. Si à l’heure actuelle, le lien entre cette maladie et l’exposition aux métaux lourds n’est pas établi, cette opacité ne le rassure pas. D’autant que Thibaut Moncade doit relancer à plusieurs reprises le médecin du travail pour que celui-ci précise dans son dossier médical que le salarié ne bénéficiait pas de protection.

L’ancien pelliste en est certain, il est tenu dans l’ignorance. Anxieux, il en parle autour de lui et s’aperçoit qu’il n’est pas le seul à constater un manque de sécurité sur le site. Les plateformes du bassin de Lacq comptent 21 entreprises classées Seveso, pour lesquelles 70 entreprises sous-traitantes interviennent notamment sur les activités dangereuses, comme la dépollution, la maintenance des sites et les opérations de nettoyage industriel. Ces ouvriers évoquent des installations vétustes, des charpentes en acier rongées par la pollution, des vannes de sécurité rouillées, des tuyaux en plastique trop vieux. Lorsqu’ils le peuvent, ils préfèrent travailler ailleurs.

Une justice qui ne protège pas

Ayant épuisé tous les autres recours pour obtenir un document récapitulant les périodes où il a été exposé aux CMR et agents chimiques dangereux, Thibaut Moncade lance une procédure aux prud’hommes. « Si demain j’ai un cancer, ou que dans dix ans la science déclare que la sclérose en plaques vient de tel produit, j’aurai une preuve », explique-t-il, fébrile. Cependant, les juges ne l’entendent pas de cette oreille. Son employeur, Marsol, remporte le procès en première instance, puis en appel.

« Cette décision est totalement incompréhensible », s’étonne Alain Carré, médecin du travail retraité responsable d’une consultation de suivi post-professionnel et vice-président de l’association Santé et médecine du travail (SMT), qui a pris connaissance des conclusions de première instance. « Ce salarié avait droit non seulement à sa fiche d’exposition, mais aussi à son attestation d’exposition aux agents chimiques dangereux, à son attestation d’exposition aux cancérogènes et à sa notice de poste, établie à l’embauche pour prévenir les salariés des risques d’exposition. » Et d’ajouter : « S’il y a maladie professionnelle, l’entreprise est responsable, pour ne pas dire coupable, et cela pèsera sur son budget. De plus, l’employeur peut être condamné pour faute inexcusable, puisque les mesures de protection sont soumises à obligation de résultat. »

Les ordonnances Macron vont rendre invisibles ces pénibilités

La réforme du code du travail en cours en France va balayer ces dispositifs. Les ordonnances voulues par Emmanuel Macron prévoient de faire disparaitre la traçabilité de la pénibilité liée aux agents chimiques dangereux. Trop complexe, selon le gouvernement. Résultat d’une série de modifications du code du travail, ce dernier coup de grâce rendra les expositions professionnelles des salariés invisibles.

De son côté, Thibaut Moncade a déposé son dossier en cours de cassation, sans grand espoir. Il cherche un emploi dans une toute autre branche, conscient qu’aucune entreprise locale de BTP ne lui ouvrira ses portes. Dans ce petit milieu, les entreprises sont à couteaux tirés pour emporter les meilleurs marchés. Les salariés vindicatifs sont persona non grata. On leur préfère des employés qui ne feront pas de vague. Pourtant, une personne a entendu l’ouvrier. Suite à sa visite dans les locaux de Marsol en janvier 2014, Dominique Waeghemacker, contrôleur du travail à Pau, dresse un procès-verbal d’infraction transmis au procureur de la République de Pau. Il constate l’absence de fiche de prévention des expositions, de la notice de poste, et des examens médicaux mesurant l’exposition des salariés.

Trois ans après, en juin 2017, le dossier est classé sans suite. Le parquet a uniquement auditionné le directeur de Marsol. Une enquête bien légère au goût de son avocate, Me Pascale Dubourdieu. « Le parquet aurait pu aller beaucoup plus loin : demander la communication de tous les plans de prévention sur les dix dernières années, interroger les autres salariés, y compris des autres entreprises sous-traitantes. Et surtout, vérifier le contrôle de Total sur le respect des préconisations inscrites sur le plan de prévention. »

« Légalement, on aurait pu mettre en cause Total »

Car la filiale de Total est responsable de la sécurité sur le chantier et doit s’assurer que les équipements de protection étaient portés par les sous-traitants. « Ils ont le pouvoir et l’obligation d’arrêter les travaux dès lorsqu’ils constatent que les mesures de prévention ne sont pas respectées », déclare Gérald Le Corre, inspecteur du travail et syndicaliste. Or sur le chantier en question, le niveau de protection des salariés semble dépendre de la bonne volonté de chaque entreprise sous-traitante.

À bien y regarder, le plan de prévention livre d’autres carences. Le terme « CMR » par exemple, est générique. Il regroupe des centaines de polluants. « Le plan de prévention aurait dû être plus précis et détailler les polluants présents dans la terre », explique Gérald Le Corre. Seule façon de connaître ces éléments chimiques : effectuer des analyses de terre en amont des travaux. « La majeure partie du temps, les analyses étaient faites après le début du chantier, et nous n’avions aucun retour sur les résultats », témoigne un salarié de Marsol.

Le plan de prévention contient-il d’autres vices cachés ? « Celui-ci doit également mentionner l’emplacement des douches mobiles, ainsi que la manière de stocker et d’évacuer les combinaisons imperméables à usage unique, qui deviennent des déchets chimiques », explique Gérald Le Corre. Aucun de ces éléments n’apparaît dans le document. « Je n’ai jamais vu de douche sur un de ces chantiers, d’ailleurs les trois quarts du temps nous n’avions même pas l’eau », confirme un salarié de Marsol. Le donneur d’ordre a donc clairement manqué à ses obligations. « Légalement, on aurait pu mettre en cause Total », avoue l’avocate de Thibaut Moncade, Me Pascale Dubourdieu. « Mais c’était avoir deux feux contre soi. »

À Marsol, un coup de balai et on recommence

Après l’alerte lancée par Thibaut Moncade, deux autres collègues sont tombés malades, sans qu’on puisse dépister l’origine de leur affection. Les ouvriers tiquent. Finalement, Thibaut Moncade avait peut-être raison de se battre… Sept de ses collègues décident à leur tour de demander leur attestation d’exposition devant le conseil des prud’hommes. Au même moment, Marsol commence une longue traversée du désert. Ses contrats avec TEPF ne sont plus renouvelés.

Coïncidence ? Ni le sous-traitant, ni la filiale de Total n’ont souhaité répondre à nos questions. Privée de son principal client, l’activité de Marsol a décliné. Ses salariés sont encore les premières victimes de ce divorce, le payant par des dizaines de jours de chômage technique ou de congés imposés. Plus de la moitié des ouvriers présents à Lacq à l’époque ont quitté l’entreprise. Les deux délégués du personnel, qui se battent pour que la sécurité sur les chantiers soit une priorité, sont sur un siège éjectable. Par trois fois, le directeur de Marsol a tenté de les licencier, sans obtenir l’aval de l’inspection du travail.

« La terre a des couleurs pas très naturelles »

Depuis ce grand ménage au sein du sous-traitant, les affaires ont repris pour Marsol sur la plateforme de Lacq. Une dizaine d’ouvriers, dont plusieurs intérimaires, s’activent depuis septembre sur deux nouveaux chantiers d’excavation de terres polluées. Amers, les anciens ont comme une impression de déjà-vu. Sur l’un des chantiers, le plan de prévention n’a pas été lu. Sur l’autre, le chef d’équipe n’a lu que la fiche Marsol. « Je lui ai dit que je voulais voir l’autre partie », témoigne l’un des ouvriers, qui garde en mémoire le combat de Thibaut Moncade. « Il m’a répondu qu’il ne l’avait pas. »

« La terre a des couleurs pas très naturelles. Si j’étais sûr qu’il y a des terres polluées, je demanderais des combinaisons, des masques journaliers », confie l’un d’eux. Mais « pour l’entreprise, tout ceci a un coût… », ajoute-t-il, comme pour dédouaner son employeur. Une économie réalisée sur le dos de salariés désarmés, dont la santé est mise en danger, sans que la firme ne soit inquiétée. A Lacq, à moins que les pouvoirs publics ne s’en inquiètent, le cocktail combinant précarité, sous-traitance et mise en danger des salariés face au risque chimique semble avoir de beaux jours devant lui.

LES ENTREPRISES LES PLUS POLLUANTES INFLUENCENT LES NÉGOCIATIONS CLIMATIQUES, SELON UN RAPPORT

Reporterre – le 3 novembre 2017 :

Le rapport « Polluting Paris : comment les grands pollueurs sapent la politique climatique mondiale » (en anglais), publié jeudi 2 novembre par l’ONG Corporate Accountability, montre comment les entreprises les plus polluantes du monde sapent les négociations politiques nécessaires à la mise en œuvre de l’accord de Paris. Le rapport pointe aussi des interférences sur les discussions concernant les finances, l’agriculture et les technologies, ainsi que les effets des parrainages d’entreprises et de la participation de l’industrie des énergies fossiles sur l’intégrité des négociations. Enfin, l’étude s’intéresse à la manière dont les gouvernements des pays du Nord – Donald Trump et les États-Unis en première ligne – agissent à la demande des industries des énergies fossiles et d’autres industries polluantes pour compromettre les progrès des négociations.

Par exemple, concernant l’article 6 de l’accord de Paris, l’influence des entreprises a orienté les négociations vers des mécanismes commerciaux orientés vers le marché qui profitent aux groupes industriels et aux sociétés qui les soutiennent, loin des solutions non marchandes éprouvées comme la finance directe et les réductions d’émissions contraignantes. Les auteurs du rapport soulignent aussi l’influence des associations commerciales telles que l’International Emissions Trading Association (IETA), dont les membres comprennent les géants pétroliers BP et Chevron, et les sociétés charbonnières BHP Biliton, Duke Energy et Rio Tinto : l’IETA s’est insinuée jusque dans les négociations, un des membres de propre conseil négocie au nom du Panama et est un co-coordinateur sur les mécanismes de marché pour le G77 et la Chine, le plus grand bloc de négociation de la CCNUCC.

« Les grands pollueurs se sont insinués dans presque tous les aspects de la CCNUCC, a déclaré Tamar Lawrence-Samuel de Corporate Accountability, co-auteur du rapport aux côtés de quatre experts mondiaux de la justice climatique. Si nous n’y mettons pas fin maintenant, les lobbyistes et les délégués représentant les intérêts de l’industrie veilleront à ce que l’accord de Paris promeuve les stratagèmes financiers des plus gros pollueurs du monde, au lieu de les combattre ».

LE BILAN DE LA COP 23

La terre d’abord – le 19 Novembre 2017 :

La COP23 s’est terminée et il y a lieu de tirer un bilan. La grande question est bien sûr de vérifier nos propres conclusions au moment de la COP21 et de voir si nous sommes « catastrophistes » ou simplement « réalistes ».

La COP23 ne donne pas de réponse à ce sujet, car elle n’a pas présenté de questions ; en fait, tous les observateurs se demandent même pourquoi elle s’est tenue, à part pour des raisons formelles.

On a affaire ici à quelque chose de très grave. Après la COP21, le réchauffement climatique aurait dû devenir une cause d’une importance fondamentale pour tout le monde. Cela devrait être une actualité intellectuelle, théorique, culturelle, allant des scientifiques aux discussions entre amis.

Il n’y a pourtant rien de cela. Le réchauffement climatique est perçu comme une sorte de bruit de fond. Il faudra vivre avec, rien ne peut réellement se passer, de toutes manières les Etats prendront les mesures nécessaires et surtout, nous ne sommes pas les plus mal lotis dans notre pays.

Si l’on ajoute à cet esprit égoïste, un très fort “climato-scepticisme”, on a un panorama régressif au plus haut point. La COP23 n’a rien changé à la donne, d’autant plus que les grandes échéances sont officiellement repoussées.

La grande date décisive, c’est la fin de l’année 2018, pour quatre raisons :

– le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiera en septembre 2018 le document «  Réchauffement planétaire de 1,5°C: rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la riposte mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté »,

le même mois se tiendra à San Francisco un « sommet de l’action climatique mondiale » avec des villes, des entreprises, des ONG, etc.,

le 12 décembre 2018 se tiendra le sommet de Paris pour tirer le bilan de la COP21,

le même mois, on ne sait pas encore quand, se tiendra la COP24 à Katowice, ville industrielle historique de la Pologne.

Cela formera « le moment de vérité » pour reprendre l’expression de Nicolas Hulot, qui montre ici pourquoi il n’a pas démissionné de son poste : il veut être aux premières loges. Il espère encore se placer comme “grande figure” combinant institutionnalisation et souci de la planète.

Un positionnement qui est absurde de bout en bout, et de toutes manières il ne faut pas se leurrer, tout le monde a compris que les objectifs de la COP21 sont impossibles à atteindre en l’absence d’un gouvernement mondial donnant des ordres précis et efficaces.

Dans un monde de concurrence économique acharnée, de bataille pour la puissance, il n’y a pas de place pour des comportements raisonnés et raisonnables. L’objectif est simplement de ne pas perdre la face et d’attendre que quelqu’un fasse un faux pas, pour apparaître comme le moins coupable, exactement comme en 1914.

Il suffit de voir que 70 % des investissements du secteur énergétique mondiale vont au charbon, au pétrole, au gaz et que cette proportion passera à 60 %… en 2040. Personne ne veut changer son style de vie, personne ne veut perdre ses avantages dans la bataille économique.

Tout est donc poudre aux yeux. Des pays ont annoncé juste avant la COP23 une « Alliance pour la sortie du charbon », mais il ne faut pas être dupe : la France a signé pour promouvoir le nucléaire. Il s’agit juste de se placer de manière adéquate : Emmanuel Macron a parlé de taxer le C02, mais c’est bien aussi dans le sens de pratiquer le protectionnisme.

Il y a une véritable prise d’otage de la question ici et on a même vu le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel arriver en grande pompe pour la fin de la COP23, avec une déclaration commune franco-allemande.

Emmanuel Macron lui-même a tenu un discours, disant que « le seuil de l’irréversible a été franchi », comme quoi « en France, nous devons accélérer la transition énergétique avec l’obsession de réduire nos émissions de gaz à effet de serre », d’ailleurs « nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant ».

Ce show franco-allemand était possible par un habile tour de passe-passe, puisque, officiellement, ce sont les îles Fidji qui organisaient la COP23, l’Allemagne ayant proposé de l’assumer techniquement chez elle.

On a pu voir Timoci Naulusala, un Fidjien de 12 ans, s’exprimant à la tribune pour parler de la catastrophe provoquée par le cyclone Winston de 2016 :

« Ma maison, mon école, ma source de nourriture, d’eau, d’argent, ont été détruites. Ma vie était un chaos. Je me suis demandé : Que se passe-t-il ? Que vais-je faire ? »

Ce jeu sur l’émotion s’est également accompagné de la mise en place d’un « dialogue de Talanoa ». Le mot est fidjien et signifie « parler avec le cœur » !

On en arrive à un point où pour y croire encore, il faut faire plus que semblant : il faut pratiquement passer dans le mysticisme.

La COP23 a été un accompagnement de plus à la catastrophe en cours, un faire-valoir pour les gouvernants, un gage de bonne conscience pour les gouvernés…

A un moment, il faudra bien faire semblant de prendre des décisions, bien sûr. Mais il s’agit de repousser cela le plus possible, comme pour éviter toute responsabilité.

C’est l’ultra-individualisme des gens, mais à l’échelle des États. C’est la raison pour laquelle il a été décidé de voir… l’année prochaine où en est la situation des cent milliards de dollars promis chaque année, à partir de 2020, aux pays subissant des « pertes et dommages » en raison du réchauffement climatique.

Repousser toujours davantage les décisions, prétendre que la prochaine sera la bonne : voilà le sens des COP et la COP23 ne déroge pas à la règle.


Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond

Reporterre – le 18 novembre 2017 :

La COP23 s’est achevé vendredi 17 novembre sur la déception. Déstabilités par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, les États n’ont pratiquement pas avancé sur la mise en oeuvre de ce traité.

« Une COP d’étape », « décevante », « sans leadership politique » : c’est avec peu d’enthousiasme que ceux qui ont suivi la COP23 la décrivent. La 23e Conférence des parties de l’ONU sur le climat, qui a réuni 196 pays ainsi que l’Union européenne, s’est close hier vendredi 17 novembre à Bonn, en Allemagne.

L’objectif de ces deux semaines de négociations était, selon les mots de l’ONU, « d’accélérer la mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris », adopté il y a deux ans, et qui fixe comme objectif une limitation du changement climatique à 1,5 °C. Or, pour l’instant, les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncés par les États aboutissent à un réchauffement de 3 °C.

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne se réduisent pas, malgré les engagements pris (source : UNEP)

Aucune décision importante n’était attendue cette année, mais cette COP devait poser les bases pour qu’en 2018, les pays relèvent leurs promesses en faveur de l’atténuation du changement climatique.

« Cette COP a fait le travail et a posé les bases d’un dialogue entre les États sur ce sujet », assure Lucile Dufour, ‎responsable négociations internationales et développement au Réseau action climat (RAC) France. En effet, les 197 parties se sont engagées à poursuivre le « dialogue de Talanoa » pendant toute l’année 2018, afin d’arriver avec des propositions concrètes à la prochaine COP. Contrairement à ce que certains craignaient, la délégation officielle états-unienne n’a pas empêché d’avancer. Les observateurs la décrivent comme « discrète » et « constructive ».

« Des annonces fondées sur la politique des petits pas »

Mais les discussions ont achoppé sur plusieurs points, en particulier sur la question du financement de l’aide consentie par les pays développés à l’égard des pays en développement. « Alors que l’année 2017 a été marquée par des événements climatiques exceptionnels, il n’y a pas eu d’avancées concrètes pour aider les populations les plus vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique », dit Armelle Lecomte, membre de la délégation de l’ONG Oxfam à Bonn.

L’Accord de Paris prévoit que les « financements climat » s’élèvent à 100 milliards de dollars par an en 2020. « Or, en incluant les investissements privés, on arriverait pour l’instant officiellement à 67 milliards. Selon nos calculs, c’est même moins, entre 18 et 34 milliards de dollars seulement. Pourtant les pays développés sont arrivés les mains vides », note Armelle Lecomte. Un point essentiel des négociations, car si les pays développés ne tiennent pas leurs engagements financiers, les pays en développement refuseront de faire plus d’efforts.

Ce sujet a ainsi « accaparé les discussions », selon David Levaï, directeur du programme climat à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Or, ces discussions devaient plutôt porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, avec la définition de règles communes pour, par exemple, comptabiliser les efforts de chaque pays de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, ou encore les moyens apportés à la lutte contre le changement climatique. Les négociations n’ont « pas autant avancé qu’on l’aurait espéré. Cela laisse beaucoup de travail pour l’an prochain », explique le chercheur. Une situation qu’il estime due à un « manque de leadership gouvernemental. C’est très bien que Angela Merkel et Emmanuel Macron soient venus, notamment parce que le leadership européen pourrait combler la perte de celui des États-Unis. »

Emmanuel Macron et Angela Merkel à Bonn, lors de la COP23.

Mais cela n’a pas été suffisant. « La plupart des États se sont cachés derrière des postures de négociation, et ont utilisé l’argument du retrait des États-Unis pour ne pas aller plus loin, analyse de son côté Lucile Dufour. Il y a eu un décalage entre une reconnaissance de l’urgence dans les discours des chefs d’État — notamment celui d’Emmanuel Macron — et à côté des annonces fondées sur la politique des petits pas », poursuit-elle. « Par exemple, il a annoncé des crédits pour le Giec [groupe intergouvernemental d’experts sur le climat], mais c’est une toute petite partie des financements nécessaires pour le climat. »

Le « in » de la COP — c’est-à-dire l’espace dédié aux négociations officielles entre gouvernements — a donc déçu beaucoup d’acteurs. « Pour la première fois, le cœur de la COP n’était pas du côté réservé aux négociations gouvernementales, mais dans l’espace du “off”, où les acteurs exposent leurs actions concrètes en faveur de la lutte contre le changement climatique. Il y avait une dichotomie renforcée entre des négociations au ralenti, et une action climatique boostée », observe David Levaï.

Les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes

Parmi les initiatives remarquées, celle de l’« Alliance globale pour la sortie du charbon », lancée par le Royaume-Uni et le Canada, et rassemblant une vingtaine d’États. L’Angola, la Belgique, la Finlande, la France, l’Italie, les îles Marshall, le Portugal, le Salvador, mais aussi plusieurs États américains et canadiens (Washington, Alberta, Vancouver…) l’ont rejointe.

Le « off » accueillait également une délégation états-unienne nombreuse : représentants des villes, États de la fédération et de la société civile sont venus montrer leur engagement pour le climat et leur désaccord avec la décision du président des États-Unis, Donald Trump, de retirer son pays de l’Accord de Paris. « Ils étaient très présents et la moitié des délégués états-uniens portaient un badge “We Are Still In” [“nous en faisons toujours partie”], pour montrer qu’ils étaient présents et adresser un message politique à Washington », raconte David Levaï.

Manifestation à Bonn contre l’exploitation du charbon en marge de la COP23.

Un dynamisme bienvenu, mais « qui ne doit pas faire oublier que la responsabilité incombe aux États, rappelle Lucile Dufour. C’est à eux de donner des signaux à l’ensemble de la société, aux entreprises, pour aller plus loin dans les engagements en faveur du climat. »

Les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes. Le 12 décembre, un sommet à Paris doit discuter des financements pour le climat. Puis en 2018, un rapport du Giec très attendu dessinera le climat que nous promettent les engagements actuels des pays en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et les efforts supplémentaires à effectuer pour tenir l’engagement de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Tout cela devrait permettre de préparer la COP24, qui sera « la prochaine étape cruciale », souligne Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS. « Si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord l’an prochain pour augmenter les contributions des pays à la réduction des gaz à effet de serre, comme le prochain rendez-vous est fixé en 2023, ce sera trop tard pour atteindre des objectifs ambitieux », note-t-elle.

Elle n’attendait pas énormément de cette COP23 : « Dans les négociations climat, on avance par paquets de décisions qui constituent ensemble un compromis. On n’a pas avancé parce que cette COP n’avait pas prévu de prendre un paquet de décisions. »

POUR L’ABOLITION DE LA CHASSE à COURRE

Fondation 30 Millions d’amis :

En finir avec les pratiques cruelles

CLIQUEZ ICI POUR SIGNER LA PÉTITION

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‘A l’attention du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot.

Au 21e siècle, il n’est plus tolérable d’autoriser la chasse à courre, une pratique barbare et extrêmement cruelle pour les animaux. La vénerie, consiste en effet à poursuivre un animal à cheval et avec des chiens jusqu’à l’épuisement de celui-ci pour ensuite le tuer à l’arme blanche.

Il est évident que les animaux ainsi poursuivis pendant des heures subissent un stress important et connaissent une mort sanglante !

Aujourd’hui, cette tradition ne subsiste que pour le plaisir de quelque 450 équipages qui s’obstinent à perdurer cette sauvagerie déjà abolie par de nombreux pays.

Un cerf abattu dans un jardin privé .jpgD’autre part, alors que l’article L422-1 du Code de l’environnement dispose que « Nul n’a la faculté de chasser sur la propriété d’autrui sans le consentement du propriétaire ou de ses ayants droit. », l’article L420-3 du Code de l’environnement annonce lui clairement qu’ « Achever un animal mortellement blessé ou aux abois ne constitue pas un acte de chasse »… Autrement dit, les chasseurs peuvent poursuivre leur traque même sur une propriété privée si l’animal est épuisé ou blessé.

 

Cerf abattu dans jardin privé

« En signant cette pétition, je m’associe à la demande de la Fondation 30 Millions d’Amis pour que l’article L. 424-4 du code de l’environnement soit ainsi modifié : à la première phrase du premier alinéa, les mots : « soit à courre, à cor et à cri, » sont supprimés ; et qu’il soit complété par un alinéa ainsi rédigé : « À compter du XX/XX/XXXX, il n’est plus délivré aucune attestation de meute destinée à l’exercice de la chasse à courre, à cor et à cri. Je m’associe également à la démarche de la Fondation 30 Millions d’Amis visant à remettre en cause le droit de suite par l’abrogation pure et simple de l’article L420-3 du Code de l’environnement.

CLIQUEZ ICI POUR SIGNER LA PÉTITION

ANIMAL CROSS LANCE UN NOUVEAU SITE INTERNET SUR LA MALTRAITANCE ANIMALE !

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Animal Cross lance un nouveau site dédié à la maltraitance animaleCLIQUEZ ICI

L’objectif de ce site est de rendre facilement accessible la réglementation protégeant les animaux aux personnes témoins de mauvais traitements. En ayant connaissance des textes de loi, elles se sentiront plus fortes pour exiger le respect du droit auprès des diverses autorités chargées de faire respecter la réglementation. Elles y trouveront aussi des outils et modèles de lettres pour les aider.

Chacun d’entre nous devrait, doit ouvrir les yeux sur les conditions de vie des animaux autour de lui. Bien vite, il verra les souffrances que l’homme inflige aux animaux, chien enfermé sur un balcon, cheval sans eau, vache vivant dans une grande insalubrité, etc. La liste est longue. Ce site souhaiterait contribuer au fait que chaque personne puisse dénoncer la maltraitance animale.
Et plus nous serons nombreux à le faire, plus les animaux seront respectés et plus cela deviendra, jour après jour, année après année, une évidence pour tous.

unanimalnepleurepasLes animaux comptent sur nous, nous sommes leur voix, ne les décevons pas !

Ce nouveau site est un outil au service de toute la protection animale.
Amis des animaux : n’hésitez pas à le faire connaître et à le partager.
Lien du film publicitaire à partager

 

contact@animal-cross.org

https://www.animal-cross.org

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FACE AU CHANTAGE AUX SUBVENTIONS, LES PARCS RÉGIONAUX ACCEPTENT LA CENTRALE DE GARDANNE

Reporterre – le 4 octobre 2017 :

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Les parcs naturels du Luberon et du Verdon acceptent la centrale à biomasse de Gardanne à laquelle ils s’étaient opposés. Renonçant à leur plainte déposée en 2015. Quant à l’association FNE, elle réfléchit à sa position. La raison ? Parcs et association étaient menacés de se voir privés de subventions.

  • Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), reportage

logo_newIls s’inquiétaient de l’impact du projet de centrale à biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône) sur la forêt provençale et avaient porté leurs interrogations au tribunal. Las ! Après la menace aux subventions de la région Paca, les parcs régionaux du Verdon et du Luberon ont signé, vendredi 29 septembre, un protocole d’accord avec Uniper, le gestionnaire de la centrale, acceptant l’abandon des poursuites. Reporterre était présent lors de la signature des parcs et fait le récit de ce feuilleton très politique.

Dans les tuyaux depuis 2012, l’unité à biomasse de la centrale thermique de Provence aurait dû commencer sa production d’électricité fin 2014. Uniper, ancienne filiale d’E.ON, prévoit d’y brûler 850.000 tonnes de bois par an. Un gâchis environnemental selon de nombreux élus locaux, collectifs et associations écologistes, qui s’inquiètent de l’effet d’entraînement qu’aura cette usine sur « l’industrialisation de la forêt ». Localement, ce sont les nuisances sonores, les pollutions à cause des particules fines, des rotations de camion et des cendres qui sont critiquées.

La centrale thermique de Provence, à Gardanne (Bouches-du-Rhône).

Le 8 juin dernier, le tribunal administratif de Marseille rendait une décision sans précédent. Saisi en 2015 par les parcs naturels régionaux (PNR) du Luberon et du Verdon, des collectivités locales et des associations environnementales, il a estimé que l’étude d’impact du projet de conversion au bois, faite sur un rayon de 3 km autour de la centrale, était insuffisante. La justice donnait raison aux requérants en annulant l’autorisation d’exploitation et en imposant une nouvelle étude d’impact portant sur l’ensemble du périmètre d’où provient le bois. Voilà qui pourrait faire jurisprudence.

« En droit, on appelle cela du chantage »

Mais depuis, la préfecture des Bouches-du-Rhône a offert une autorisation provisoire de 9 mois à l’énergéticien pour continuer ses activités dans l’attente d’une mise en accord avec les termes du jugement.

Et de leur côté, Uniper et… Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, ont fait appel de la décision de justice. De quoi doucher les écologistes mobilisés sur ce dossier.

Un nouveau coup de gourdin leur a été asséné avec les menaces de Renaud Muselier, président (LR) de la région Paca, dans un communiqué publié dès la parution du jugement :

« Il va de soi que nous ne pourrions pas continuer à accompagner des structures qui prendraient une position contraire à celle de la Région sur un projet d’une telle importance pour notre avenir collectif. Il est temps que chacun se ressaisisse et comprenne que

l’écologie n’est ni une doctrine ni une idéologie, mais doit être mise au service de l’économie pour faire de la croissance verte un atout et faire gagner la France. »

En clair : soit vous marchez avec la région et Uniper, soit on vous coupe les vivres. Un message adressé aux PNR du Luberon et du Verdon et à France nature environnement Paca (FNE Paca).

Sous l’ancienne majorité (PS, EELV, FG), la région s’était prononcée en faveur d’un moratoire sur le projet d’unité à biomasse, suivant en cela les PNR, qui s’inquiétaient d’une mobilisation trop importante de la ressource en bois au détriment des usages locaux et de la biodiversité.

Renaud Muselier, président de la région PACA : « L’écologie doit être mise au service de l’économie pour faire de la croissance verte. »

« Par le passé, nous avons eu des interlocuteurs avec lesquels nous étions en désaccord juridique sur des sujets particuliers, comme la THT Haute Durance, ce qui n’a pas entraîné pour autant l’arrêt de leur soutien », rappelle Gilles Marcel, président de FNE Paca. « Cette situation nouvelle s’inscrit dans une période difficile pour les associations, qui voient une baisse globale du soutien des institutions », ajoute l’écologiste, qui s’inquiète d’une « situation délicate » mettant en danger la dizaine d’emplois de la fédération FNE régionale. Elle a été reçue au conseil régional au cours de l’été pour envisager un protocole d’accord avec la région et Uniper. « Nous souhaitons le redémarrage d’une relation normale avec la région. Nous avons la volonté de nous engager dans le protocole d’accord, mais on ne signera rien si c’est contraire à nos convictions, à savoir défendre l’intérêt général et la santé des populations », plaide Gilles Marcel. Sur le fond, le président de FNE Paca reste convaincu que l’unité à biomasse de la centrale de Gardanne « reste un projet d’une autre époque. Ce n’est pas comme cela que l’on entend la biomasse, mais plutôt en valorisant les chaufferies locales ».

« Avec 70 à 80% de notre budget qui dépend de la région, comment voulez-vous que l’on ait la capacité de décider ? » s’indigne un élu du parc du Verdon. « En droit, on appelle cela du chantage. Mais nous allons y mettre les formes pour exprimer notre désaccord, sans oublier qu’il n’y a eu aucune concertation depuis le début sur ce dossier », exprime un autre délégué du parc du Verdon.

Ce vendredi 29 septembre, les deux PNR du Luberon et du Verdon ont réuni un comité syndical spécial commun dans la salle polyvalente du village de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), situé sur le territoire du PNR du Verdon. L’unique question à l’ordre du jour, posée à la soixantaine de délégués présents, étant la « suite à donner » sur le dossier de la centrale à bois : s’engager dans un protocole d’accord quadripartite (Luberon, Verdon, région, Uniper) ou poursuivre les actions en justice [1]. La réunion était ouverte au public, mais sans que la presse ait reçu d’invitation. Seul média présent, Reporterre.

Le protocole d’accord entre Uniper et les parcs naturels régionaux du Luberon et du Verdon.

Le protocole prévoit l’encadrement de l’étude d’impact conformément aux critères du programme national de la forêt et du bois. Uniper s’engage à faire œuvre de transparence en informant les parcs, « une fois l’an, à l’échelle communale, les quantités de bois déclarées par ses fournisseurs » sur les territoires concernés. En contrepartie, les PNR abandonnent toute action en justice. Les quatre parties s’engagent à l’animation de la filière bois locale, qui valoriserait le sylvopastoralisme en répondant aux « difficultés en raison de la fermeture progressive des milieux », respecterait les paysages et la biodiversité et aiderait la politique de lutte contre les incendies. L’étude d’impact est prévue pour un temps très court, jusqu’au 22 décembre, « délai réglementaire et temps de transmission aux services de l’État » compris. Les parties s’engagent pour 3 ans, avec la possibilité de rompre leur participation si elles jugent que les conditions du protocole ne sont pas respectées.

« Nous nous réunissons pour une décision importante pour nos territoires et nos structures. L’exécutif régional a souhaité se placer en médiateur. Nous avons travaillé cet été avec les services régionaux pour sortir d’un blocage », expose en ouverture Bernard Clap, président du parc du Verdon et maire de Trigance, dans le Var. « Le protocole nous fait certes renoncer à nos actions juridiques, mais inscrit le respect de chacun que nous demandons », poursuit la présidente du PNR du Luberon, Dominique Santoni, maire (LR) d’Apt, dans le Vaucluse. « On a passé quelques mois un peu compliqués, dit Éliane Bareille, conseillère régionale (LR) des Alpes-de-Haute-Provence, qui représente la région au PNR du Verdon ; mais tous ensemble nous avons eu la volonté de trouver des solutions et de répondre à une gestion transparente et durable de la ressource locale qui sera un levier pour un développement équilibré du territoire, pour l’approvisionnement durable des différentes filières et la reconquête de la biodiversité ».

« La forêt de Provence ne tiendra pas le choc » 

Puis la parole est laissée aux représentants d’Uniper. Jean-Michel Trotignon, chargé des relations institutionnelles pour Uniper France, entend « balayer les problèmes que nous rencontrons et ramener un certain nombre d’infos ».

Son argumentaire invoque la « transition »

pour « abandonner l’ancien monde, passer du fossile au renouvelable. On ne prétendra jamais que pour les 80 ans à venir l’ensemble de l’électricité devra se faire en biomasse », se veut-il rassurant. Dans un long exposé appuyé d’un PowerPoint, Jean-Michel Trotignon et Gilles Martinez, ingénieur forestier chez Uniper, tentent de désamorcer les critiques. « Nous avons un modèle économique innovant, autre que celui de la papeterie, qui amènera des retombées économiques dans les territoires ruraux », affirme Gilles Martinez. « Le plan d’approvisionnement se compose à 20 % de bois de coupe en forêt méditerranéenne, sur Paca et Languedoc-Roussillon, soit un rayon de 250 km autour de la centrale, 10 % de recyclage, 55% d’importation et 15 % de plaquettes d’élagage », poursuit Jean-Michel Trotignon. Un engagement sur les dix premières années avant que l’importation ne soit abandonnée les dix années suivantes.

Le bois d’importation vient d’Espagne et du Brésil. « Rassurez-vous, ce n’est pas du bois issu de la déforestation, mais de plantations d’eucalyptus certifiées », précise Jean-Michel Trotignon. Une monoculture d’eucalyptus qui accueille des plants transgéniques, qui s’est faite sur une partie de l’Amazonie déforestée et sur la destruction de la savane du Cerrado. Signe que la certification PEFC ou FSC, sur l’ensemble des bois pour Uniper, ne garantit rien. Si les deux hommes souhaitent exposer des bonnes pratiques, présentées comme nouvelles, en réalité le modèle d’E.ON puis d’Uniper n’a pas évolué. Dans les propos de Jean-Michel Trotignon, seul le périmètre d’approvisionnement local, initialement de 400 km, a changé.

Le rayon d’approvisionnement de la centrale de Gardanne.

Uniper finit par se retirer de la salle pour laisser débattre les élus des parcs. Il ne reste que 25 minutes du temps imparti. « Uniper fait ce qu’il aurait dû faire au dépôt de son dossier, donc quelle garantie avons-nous de la part de cette entreprise ? Pour quelle raison tient-on à la suppression de la possibilité d’agir en justice ? La part belle est faite à Uniper au détriment des parcs. Ce n’est pas un protocole où les parties sont à égalité », affirme Alain Deille, délégué au PNR du Luberon et maire d’Oppède (Vaucluse). L’intervention est applaudie par les deux tiers de l’assistance. Pour Pierre Pessemesse, le représentant de Sivergues (Vaucluse) au sein du PNR du Luberon et « propriétaire forestier de 300 hectares », le projet « n’a pas beaucoup d’impact. Il y a trop de bois, on peut prélever ». « Les déchets verts sont un problème pour beaucoup de nos territoires. La centrale apporte des solutions pour leur gestion », pense Bénédicte Martin, conseillère régionale (LR) du Vaucluse et représentante au PNR du Luberon. Ces deux interventions sont applaudies par l’autre tiers de l’assemblée. « Les critiques sont mesurées. Si nous avions écrit ce protocole, il ne serait pas celui-là, dit Paul Corbier, représentant de Saint-Julien-du-Verdon et vice-président du parc, en guise de résumé du débat. Mais après le clash entre la région et les parcs, le dialogue est renoué. Certes, le protocole n’est pas satisfaisant à 100%, mais je voterai pour, comme vote d’approbation de notre président », semble-t-il se satisfaire. Malgré les désapprobations marquées, la décision rendue par les votes engage les parcs dans le protocole : à l’unanimité moins 5 abstentions du côté du Verdon ; 31 pour, 11 contre et 7 abstentions pour le Luberon. « Il est évident que nous aurons un regard vigilant. Je m’engage à assurer que le protocole soit assumé, c’est un message pour la région et pour Uniper », avertit le président du PNR du Verdon en guise de conclusion.

Le passage en force de la région est à comprendre aussi dans un contexte où les exécutifs régionaux de droite mènent des politiques antiécologistes et lâchent les associations environnementales. À l’image d’un Laurent Wauquiez, chef de file des Républicains, qui se fait pilote en la matière dans sa région Auvergne — Rhône-Alpes. « C’est une offensive généralisée contre les PNR, que la droite n’aime pas », commente Nicholas Bell, de l’association SOS Forêt du Sud.

À Gardanne, la cheminée de la tranche biomasse fume en continu depuis plusieurs jours. « Nous en sommes à la phase finale des tests. Nous avons déjà fourni de l’électricité au réseau. La mise en service est prévue pour les prochaines semaines », explique Jean-Michel Trotignon. « La forêt de Provence ne tiendra pas le choc. Si l’étude d’impact est bien faite, elle remettra en cause l’autorisation d’exploitation », juge Martine Vallon, de FNE 04. La fédération des Alpes-de-Haute-Provence poursuit les actions en justice. Tout comme, notamment, l’Association de lutte contre les nuisances et la pollution (ALNP), animée par les riverains de la centrale. Début 2018, l’appel ouvrira le jugement sur le fond du dossier.


Les présidences des parcs du Luberon et du Verdon n’ont pas souhaité que Reporterre photographie la réunion du comité syndical spécial tenu à Valensole le vendredi 29 septembre.